Besoin d'une information ?

RECHERCHEZ LE CONTENU QUI VOUS INTÉRESSE :
Logo Le Mans UniversitéLogo Le Mans Université
S'inscrireS'inscrireS'inscrire
Rechercher

Décryptage : La fatigue

Sciences sur le pouce

Le Décryptage Recherche - Fatigue : le bon, la brute et le truand !
Fatigue : le bon, la brute et le truand !

Vous avez manqué le dernier événement Sciences sur le Pouce #22? Séance de décryptage du sujet présenté par Baptiste Morel-Prieur.

 

Au sein du Laboratoire Motricité Interactions Performance (MIP) © Le Labo des savoirsQui n’a jamais ressenti la fatigue ? Personne !

Et pour cause, la fatigue est avant tout un phénomène physiologique protecteur. Longtemps négligée par le corps médical – et par la recherche -  elle peut être également révélatrice de réelles pathologies. Quels maux peuvent se cacher derrière cette sensation ? Comment mesurer la fatigue ?

« Tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent. Toi, tu creuses. » Dans cette scène culte, Blondin ne défie pas seulement Tuco. Des poches sous les yeux, il fait aussi face à un adversaire qui peut lui faire perdre l’esprit ou le laisser rôtir sous le soleil du Midwest si elle s’empare de lui... Il a raison de se défendre. La fatigue, mieux vaut ne pas la laisser creuser.

« Fatigue » est ce qu’on appelle un mot à tiroirs. Grâce à la science, nous pouvons aujourd’hui en définir les nuances.  Il est donc plus juste de parler « des » fatigues, plutôt que « de la » fatigue.

Il y a deux façons de l’appréhender. D’abord à travers les sensations auxquelles elle est associée : faiblesse, besoin de sommeil, lassitude, envie de repos…  Bien que cette première approche soit subjective, elle ne doit pas être négligée. C’est elle qui donne l’alerte. On peut aussi – et c’est le cœur des travaux de Baptiste Morel-Prieur - aborder l’état de fatigue en tant que perturbation du fonctionnement du corps. Trois types de fatigues peuvent alors être identifiées et mesurées via une série de tests : la fatigue neuromusculaire, la fatigue cognitive et la fatigue comportementale. 

Le bon…

Avant d’être une pathologie, la fatigue est un processus naturel. Être fatigué·e suite à un effort intense, le lendemain d’une soirée arrosée ou lorsqu’on est enrhummé·e, c’est normal ! C’est même, pour peu qu’on l’écoute, un phénomène utile, qui protège notre organisme en lui évitant une sur-sollicitation. Cette fatigue-là n’a rien d’exceptionnel et pourtant, sa nature peut surprendre les chercheur·euses. Les tests menés, entre autres, sur des participant·es de l’UTMB (l’Ultra Trail du Mont-Blanc – ndlr) ont fait état d’une perte de force musculaire de seulement 10%. Une perte infime au regard de l’effort fourni. Psychologiquement en revanche, leurs constantes étaient proches de celles d’un·e  grand·e dépressif·ve. Suite à un exercice physique, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, la fatigue peut avoir une origine psychique plus que physique.

Après 17h de veille active, on est aussi attentif·ve au volant qu’avec 0.5g d’alcool dans le sang. Or, si on a inventé l’éthylotest, l’« asthénomètre », lui, n’existe pas ! »

La brute…

La sévérité de la fatigue ne suffit pas pour savoir si elle est normale ou pathologique. Ses origines sont multiples (biologiques, émotionnelles, physiques…) et il n’existe pas de biomarqueurs de la fatigue chronique. Comment, dès lors, les différencier ? C’est l’un des enjeux des recherches menées dans le cadre du projet « BIOCARE FActory ». En s’y intéressant de plus près, on peut glaner des indicateurs intéressants : la fatigue ressentie est-elle liée à un événement particulier ? Est-elle plus dure à endiguer qu’à l’accoutumée ? Cette fatigue perdure-t-elle ? Et surtout, est-elle réversible par le repos ou pas ? La réponse à cette dernière question est une des clés pour déterminer le type de fatigue qui nous assaille : est-ce le bon ? La brute ? Le truand ?

Le « burn out » est une fatigue chronique qui répond aux mêmes processus que la fatigue liée au surentraînement sportif. »

Le truand…

Le problème, une fois que l’on est passé·e du côté obscur de la fatigue, c’est qu’un cercle de conditionnement s’installe – on pourrait aussi parler de cercle vicieux ! Je suis épuisé·e, donc je vais moins bien, donc je vais moins bien, et ainsi de suite. Cette fatigue, chronique, pathologique, est un système qui s’auto-entretient, quel que soit le point de départ. Plus vous êtes fatigué·e, plus vous serez fatigué·e. En définitive, cela fragilise les personnes impactées, notamment en les rendant plus perméables aux maladies. En effet, si la fatigue est un processus naturel de défense, c’est qu’elle est intimement corrélée à la survie… Pour la traiter, Baptiste Morel-Prieur et son équipe ont choisi de croiser les évaluations. Grâce à des tests physiques et cognitifs, ils·elles peuvent déterminer s’il s’agit d’un épuisement physique, psychologique ou comportemental et  proposer aux patient·es une prise en charge adaptée à leur fatigue.

Pendant longtemps, le corps médical ne s’est pas emparé de ce sujet. La fatigue n’était pas considérée comme un symptôme. Or, s’il n’y a pas de symptôme, il n’y a pas de pathologie… Aujourd’hui ce postulat tend à s’estomper, la fatigue devient sujet de société et sujet de recherche, en partie grâce aux travaux de Baptiste Morel-Prieur et de son laboratoire.

Baptiste Morel-Prieur 
Baptiste Morel-Prieur © Le Labo des savoirsEnseignant-chercheur au laboratoire « Motricité, Interactions, Performances » et à la Faculté des Sciences & Techniques de l’Université du Mans depuis 2016, Baptiste se définit comme « un pur produit STAPS ». C’est d’ailleurs dans ce département, au carrefour de la biologie et des sciences humaines et sociales, qu’il mène ses travaux. Rugbyman, il a su, grâce à sa thèse, joindre l’utile à l’agréable ! Soutenue en 2014, cette dernière avait pour objectif de comprendre les mécanismes de la fatigue neuromusculaire lors d’un exercice physique.

Comme disait l’inénarrable Pierre Desproges : « S’il n’y avait pas la science [...] combien d’entre nous pourraient profiter de leur cancer pendant plus de cinq ans ? »

Cette fatigue, il le découvrira un peu plus tard, est en de nombreux points comparables à celle expérimentée par des personnes atteintes de cancer. Il approfondit désormais cette analogie dans le cadre du projet « BIOCARE FActory » financé par la Région Pays de la Loire. L’initiative rassemble quatre laboratoires (entre Le Mans et Nantes) et une structure clinique dans le but de mieux comprendre et mieux traiter la fatigue liée au cancer. Une approche transversale qui lui permet d’appréhender plus en détails, les différentes facettes de ce que l’on appelle « la fatigue ».

 

(Ré)écouter l'émission du Labo des savoirs du 17 avril sur "Fatigue, le bon, la brute et le truand".

Le laboratoire Motricité, Interactions, Performance - MIP EA 4334

Prochain Sciences sur le pouce : le 14 mai sur la thématique du genre

 Découvrez l'Actu' Recherche

 

Partagez : FacebookTwitterLinkedInMailImprimez