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    2020

    David Graeber (1961-2020), auteur de « Bullshit jobs » : anthropologue… et chercheur en gestion ?

    L'anthropologue américain a établi le lien entre emplois « inutiles, superflus ou néfastes » et « dégâts moraux et spirituels profonds ». Guido van Nispen/Wikimedia, CC BY Tarik Chakor, Aix-Marseille Université (AMU); Anne-Laure Boncori, INSEEC School of Business & Economics; Hugo Gaillard, Le Mans Université et Marc Bidan, Auteurs fondateurs The Conversation France

    L’Américain David Graeber, anthropologue à la London School of Economics, est mort le mercredi 2 septembre à l’âge de 59 ans. Il laisse derrière lui un héritage important, souvent original, parfois controversé.

    Radicaux, disruptifs et engagés, ses écrits, conférences et prises de position ont logiquement fait l’objet d’un certain nombre de critiques. Son approche radicale et militante, si elle était adoptée strictement, omettrait fondamentalement le management et son impact sur l’organisation et ses acteurs. Néanmoins, au bilan, sa carrière aura « fait bouger » les lignes sur notre rapport au travail, ses pratiques et son utilité dans et pour l’organisation.

    Bio Twitter de l’auteur qui témoigne de sa conception de son rôle de chercheur engagé. Author Twitter account

    Les travaux de David Graeber ont ceci de particulier qu’ils ouvrent non seulement la possibilité d’une anthropologie anarchiste, mais soulignent aussi l’utopie des règles bureaucratiques, insistent sur l’immoral qui peut devenir moral, abordent la question de l’esclavage, de la piraterie et de la flibusterie et remettent en cause le paradigme capitaliste dominant de la valeur conférée aux différents postes de travail (ou plutôt métiers). Tout cela constitue une clé de compréhension tout à fait intéressante des enjeux et effets de la crise sanitaire, économique et sociétale actuelle.

    « Inutiles, superflus ou néfastes »

    Les conclusions de Graeber entrent ainsi en résonance avec la crise sanitaire de la Covid-19 qui aura montré qu’il existait des « emplois indispensables » et des « secteurs essentiels ». La filière médicale évidemment, la filière agroalimentaire, l’eau, l’énergie, le traitement des déchets, la distribution, les télécoms, le numérique et les forces de sécurité : toutes ont été considérées comme nécessaires, comme un retour aux besoins les plus tangibles, les plus fondamentaux.

    La crise aura aussi montré que les travailleurs « en première ligne », si souvent invisibles en temps déconfinés, étaient indispensables à la société. Un épisode qui rappelle l’exercice proposé par David Graeber d’imaginer les conséquences désastreuses – que nous avons pu mesurer au printemps 2020 – d’un monde sans soignants, sans travailleurs régaliens, sans agriculteurs, ou encore sans transporteurs ni commerçants de proximité, dans son livre Bullshit jobs, publié en 2018.

    Ce livre fait suite au retentissement d’un article originel publié dans le magazine Strike ! en 2013. Confronté aux nombreux témoignages validant son propos, David Graeber décide alors de poursuivre sa réflexion en décrivant et en théorisant ces emplois « inutiles, superflus ou néfastes ».

    David Graeber : « Jamais la société humaine n’a passé autant de temps à remplir des formulaires » (France Culture, septembre 2018).

    Parmi la liste non exhaustive d’emplois qu’il qualifie d’inutiles, il insiste sur les « consultants en ressources humaines, coordinateurs en communication, chercheurs en relations publiques, stratégistes financiers, avocats d’affaires » ou universitaires qui passent leur temps en commissions ad hoc.

    Il classe ces « jobs à la con » en cinq catégories : les « faire-valoir », les « rafistoleurs », les « sbires », les « cocheurs de cases », et les « contremaîtres ». Les premiers seraient ceux pour qui la fonction a pour seule finalité la mise en valeur de leurs managers. Les deuxièmes seraient là pour résoudre des problèmes de gestion qui auraient pu être évités, tandis que les « sbires » ont un travail à dimension offensive, agressive, uniquement au profit de leur direction.

    Les deux dernières catégories sont celles des emplois qui tentent de convaincre l’organisation qu’un problème est en cours de traitement alors que celle-ci n’a aucune intention de le résoudre, ou encore les petits chefs, qui ont sous leur surveillance panoptique des individus qui semblent pourtant avancer sans eux.

    Bullshit Jobs : A Theory.

     

    Les travaux de Graeber montrent aussi que, en cohérence avec cette perception négative de leur propre contribution, les travailleurs – employés, cadres intermédiaires mais aussi cadres supérieurs – occupant ces « emplois à la con », présenteraient souvent un état de santé mentale dégradé.

    Il évoque ainsi des « dégâts moraux et spirituels profonds » comme le stress, la souffrance au travail, la dépression, l’anxiété… Ces emplois entraînent également des maladies de type psychosomatique, et notamment des taux d’infections plus élevés que la moyenne, et ont des conséquences délétères beaucoup plus étendues, notamment sur la vie privée des travailleurs. Le coût pour la collectivité en termes de santé publique est donc non négligeable et à prendre en compte.

    Remettre le sens au cœur des dispositifs

    Son analyse se concentre sur un choix moral et politique. L’auteur voit dans ces « bullshit jobs » la volonté du capitalisme d’« occuper » la population. «Nous sommes devenus une civilisation fondée sur le travail, mais pas le travail “productif” : le travail comme fin et sens en soi», écrit-il – sans préciser le fait que cette vue fut paradoxalement celle aussi de Karl Marx.

    Ainsi, selon l’approche capitaliste que souhaite pointer du doigt Graeber, une population heureuse et jouissant de temps libre apparaît comme un danger pour la sauvegarde du système économique existant, alors que la croissance des emplois inutiles aux tâches débilitantes favorise le maintien en place de celui-ci.

    Pour l’anthropologue, seule la mise en place d’un revenu universel permettrait, d’une part, de sortir de la vision du travail comme simple marchandise, de l’autre, de permettre aux travailleurs d’être réellement « utiles à quelque chose ».

    David Graeber en conférence à Amsterdam aux Pays-bas, en 2015. Guido van Nispen/Wikimedia, CC BY-SA

    Au-delà de la question du travail, l’œuvre de David Graeber fait donc écho à de nombreux défis contemporains qui interrogent notamment ce que serait un management durable, utile, bienveillant et soutenable. Sa contribution au décryptage des pratiques organisationnelles apparaît donc d’autant plus essentielle que nos sociétés, à notre sens, n’ont jamais été aussi managériales qu’elles ne le sont aujourd’hui.

    Penser l’activité « de travail » (ou de « travailler ») comme un vecteur de satisfaction, de fierté, en faire un ouvrage plus qu’un labeur, penser l’engagement des collaborateurs : l’héritage intellectuel que nous laisse David Graeber invite les décideurs et les managers à remettre au cœur de la réflexion la question du contenu du travail et du sens qui lui est donné. Réflexion point aisée, tant la double question « À quoi votre travail sert-il au juste ? Et à qui ? » entraîne des réponses embarrassées !

     

    À lire aussi : « Jobs à la con » : l’ennui, le sens et la grandiloquence

    À la lecture de Graeber, plusieurs niveaux de management sont en effet implicitement conviés à une régénération. Ainsi, par la désacralisation des emplois de cadre, les directions générales sont questionnées sur leur propension à surdoter le management intermédiaire au détriment des salariés opérationnels.

    De plus, par la mise au jour « d’emplois (ou à tout le moins de tâches) à la con », une perspective importante est ainsi ouverte. Elle renvoie à la transformation numérique et industrielle, non pas au service de la suppression d’emplois, mais au service de missions nouvelles – loin de « remplir des formulaires » – à valeur ajoutée plus largement humaine.

    Ce contexte incite à penser de plus en plus la santé des entreprises par le travail et son contenu. C’est ce qui permettra de dégager plus clairement la raison d’être d’un collectif qui serait réuni autour d’un « pourquoi » plutôt que d’un « comment ».

     



    Auteurs :
    Hugo Gaillard - Doctorant en sciences de gestion et chargé de cours en GRH à Le Mans Université  Anne-Laure Bonconi - Professeur Associé, enseignant-chercheur en management et stratégie, INSEEC School of Business & Economics 
    Tarik Chakor - Maître de conférences en sciences de gestion, Aix-Marseille Université (AMU)
    Marc Bidan - Professeur des Universités - Management des systèmes d’information - Polytech Nantes, Auteurs fondateurs The Conversation France 
    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

    S’imposer dans un monde concurrentiel : les trois leçons des rappeurs de la série « Validé »

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    ©
    © Mika Cotellon - Mandarin Télévision / Canal+ /


    Tarik Chakor, Université Grenoble Alpes et Hugo Gaillard, Le Mans Université

    La première saison en 10 épisodes de la série télévisée Validé, créée par Franck Gastambide, Charles Van Tieghem, Xavier Lacaille et Giulio Callegari aborde l’ascension d’un jeune rappeur, Apash, incarné par le (vrai) rappeur Hatik, au sein du rap game, terme désignant l’univers (impitoyable) de l’industrie musicale du rap.

    Entre collaborations plurielles, stratégies de visibilité et gestion du buzz, l’industrie du rap s’avère une nouvelle fois être source d’inspiration(s) et de respiration(s) stratégiques.

    La collaboration au cœur des parcours

    Le rap game est un milieu hyperconcurrentiel, aux temporalités de plus en plus courtes, chaque nouvel artiste ou nouveau projet tendant à éclipser le précédent :

    « Le rap c’est embouteillé gros… Chaque semaine y’a Booska-P ou Daymolition (médias spécialisés) qui sortent de nouvelles têtes, des mecs avec des looks de ouf, des flows qu’t’as jamais entendu de ta vie. » (épisode 3)

    Cette hyperconcurrence est structurelle : les places sur le devant de la scène sont à la fois convoitées et éphémères.

    L’un des premiers enseignements stratégiques de la série est l’importance des collaborations : il paraît utopique de « percer dans le rap » tout seul. Ces collaborations débutent dès le premier cercle du rappeur : son entourage proche génère tout à la fois opportunités et menaces.

    Le premier réflexe d’Apash a été de s’entourer de ses deux fidèles amis, William – devenu son manager improvisé – et Brahim, assurant le rôle de community manager en charge des réseaux sociaux de l’artiste. Parallèlement, Apash doit composer, malgré lui, avec le gérant du réseau de drogue de son quartier et son équipe, revendiquant violemment la paternité de la carrière du rappeur, ainsi que les « galériens » du quartier, lui reprochant de « ne pas les faire croquer » et de « se la raconter » depuis ses premiers succès.

    Bande annonce de la série Validé (Canal+).

    Les collaborations entre rappeurs sont également décisives : parfois sincères et sans réel calcul stratégique (quand Soprano, jouant son propre rôle, « donne de la force » à Apash, épisodes 5 et 9), la frontière entre coopération et compétition est toutefois beaucoup plus floue qu’il n’y paraît, nous amenant à parler de coopétition (combinant coopération et compétition).

    Les featuring, désignant la participation d’un artiste sur le projet d’un autre, sont rarement anodins : volonté de Mastar de surfer sur le buzz naissant autour d’Apash (épisode 1), détermination à être le meilleur du duo (épisode 2), ou encore stratégie d’alliance avec Lacrim, ennemi juré de Mastar (épisode 4)… jusqu’aux fameux clashs (Karnage à Apash, épisode 8). Nous pouvons également citer le cas de vol d’instrumental (épisode 4), de menaces (Mastar à Apash : « Ce game tu l’oublies… j’vais t’faire une guerre t’es pas prêt », épisode 4) ou de moqueries sur les ventes cumulées (épisode 5) : l’allié de la veille peut devenir l’ennemi du jour, au service, essentiellement, de la visibilité et du buzz (que nous aborderons plus loin).

    Les collaborations avec les maisons de disque, majors ou labels affiliés, sont souvent incontournables : avec pour principal baromètre les ventes physiques et streams de l’artiste (épisode 2), elles l’accompagnent, participent à la réflexion stratégique et artistique des projets, versent des avances à la signature du contrat, et prennent en charge la distribution des CDs…

    Cet accompagnement peut d’ailleurs donner lieu à des luttes de territoires avec l’artiste (Mastar au responsable du label Jangle : « Contente-toi de mettre les CDs dans les bacs, et moi je m’occupe de l’artistique c’est bon ? », épisode 2). La volonté de William de faire monter les enchères en faisant le tour des maisons de disque (épisode 3), de renégocier le contrat au vu du succès d’Apash (épisode 8) ou de créer son propre label au sein d’Omega (épisode 10) illustre également une collaboration essentiellement basée sur la recherche du rendement le plus rapide en un minimum de temps. Les places sont chères, le rendement doit être maximisé.

    Occuper l’espace médiatique

    Dans le rap game, il faut être visible, et tous les moyens semblent bons pour y parvenir. Les réseaux sociaux apparaissent ainsi comme LE média prioritaire et incontournable des rappeurs : performances ou freestyles (sorte d’improvisation libre) diffusés en live, enregistrements en studio, annonce de la sortie d’un projet, soutien d’un artiste ou simple volonté d’échanger avec son public. Ils constituent, grâce à l’usage exponentiel des smartphones, la meilleure caisse de résonance des rappeurs, leur permettant d’occuper au mieux l’espace médiatique, dans une époque marquée par le culte de l’instantanéité et la recherche du moment inédit, au cœur de l’évènement.

    Les médias spécialisés sont également incontournables, notamment durant les périodes de promotion : émissions spéciales chez Skyrock (épisodes 1 et 7) ou Mouv’ (épisodes 5 et 8), interactions directes avec les auditeurs via des hashtags dédiés, diffusion de morceaux en exclusivité, etc. Le passage d’un morceau en « haute rotation », généralement après un succès en stream, apparaît comme une forme d’aboutissement, du moins un passage obligé dans une stratégie de visibilité nationale, voire internationale :

    « Laurent Bouneau (patron de Skyrock) adore le morceau, il le passe à 5 rotations par jour. » (épisode 2)

    Ces médias sont d’autant plus importants qu’ils tendent à adopter une approche généralement bienveillante et centrée sur la dimension artistique (Booska-P, Rapelite etc.). Les médias généralistes quant à eux s’intéressent moins au contenu artistique qu’au phénomène médiatique incarné par le rappeur (cas de l’émission TPMP, épisode 5), mais sont incontournables dans l’optique d’une visibilité globale, au-delà de la sphère rap.

    Site Booska-P, rubrique rap français. Capture d’écran

    L’occupation de l’espace médiatique peut également s’opérer via la sortie de nombreux morceaux en streaming (« Avec le stream plus on a de morceaux mieux c’est », épisode 4) ou la participation à des évènements sponsorisés par de grandes marques (cas de la « soirée Adidas »), regroupant des artistes de premier plan et notamment couverts par des influenceurs, disposant d’une importante exposition médiatique et pouvant jouer le rôle de relais d’opinion (épisode 5). Entre le rap et les médias, c’est une longue histoire.

    Gestion du buzz : voie vers le succès ou l’oubli

    Au-delà des collaborations et de l’occupation de l’espace médiatique, la gestion du buzz est toute aussi importante qu’indécise. Ce bouche-à-oreille virtuel, évalué par le nombre de vues, de likes et de partages sur les réseaux sociaux ou plates-formes digitales est un baromètre du succès, pouvant faire et défaire des carrières.

    Le succès fulgurant d’Apash (épisodes 1 et 2), la volonté de « clipper le morceau qui buzz » (épisode 2), de « signer tant qu’il y a du buzz » (épisode 3), la bagarre de Mastar à Aubervilliers et son entrée en prison le jour de la réédition de son album (épisode 5), le concert surprise d’Apash (épisode 6) sont autant d’exemples qui le prouvent : le buzz est partout. Il peut s’agir également d’un bad buzz : une émission grand public qui tourne mal (épisode 5), une salle de concert vide (épisode 6), des appels au boycott et des dates annulées (épisode 9).

    Plus que le buzz en lui-même, peu évident à contrôler, l’important est de le gérer, de « surfer dessus », de rebondir en faisant preuve de créativité et d’ingéniosité au profit de son image et de sa carrière, par exemple en trouvant le bon concept, le « truc » qui fera parler (Mastar : « Aujourd’hui, tous les p’tits font des coups de pub », épisode 10).

    Collaborations, visibilité et buzz : ce triptyque apparaît ainsi décisif dans le processus de « validation » par le rap game. La seconde saison, actuellement en cours d’écriture, pourrait éclairer sous un jour nouveau ce triptyque. Elle pourrait aussi aborder, entre autres, la gestion d’un label indépendant, celle d’une communauté ou fanbase, la place des femmes dans le rap, la gestion du succès et la question de la pérennité, ou encore l’incompatibilité probable entre street-credibility (niveau de respect que la rue attribue à une personne par rapport à son attitude, son passé) et succès commercial.The Conversation

    Tarik Chakor, Maître de conférences en sciences de gestion - Université Savoie Mont Blanc, Membre de la chaire Management et Santé au travail, Université Grenoble Alpes et Hugo Gaillard, Docteur en Sciences de Gestion et enseignant en GRH, Le Mans Université



    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

     

    Auteurs

    Tarik Chakor

    Maître de conférences en sciences de gestion - Université Savoie Mont Blanc, Membre de la chaire Management et Santé au travail, Université Grenoble Alpes

    Hugo Gaillard

    Docteur en Sciences de Gestion et enseignant en GRH, Le Mans Université

    Déclaration d’intérêts

    Tarik Chakor est enseignant-chercheur universitaire et co-créateur de l'agence La Firme, spécialisée dans les partenariats entre artistes et marques.

    Hugo Gaillard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.

    Séparatisme : un projet de loi et beaucoup de questions pour les services publics

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    Lors de la présentation du projet de loi sur « les séparatismes », le vendredi 2 octobre dernier, le président de la République Emmanuel Macron a dressé les contours d’un texte qui sera présenté le 9 décembre en Conseil des ministres.

    Si le mot de « séparatisme » a depuis été abandonné dans l’intitulé, le texte vise notamment étendre l’obligation de neutralité, qui existe déjà pour les agents publics, aux salariés des entreprises délégataires d’un service public.

    Selon la loi, ces entreprises sont tenues par un contrat « par lequel une personne morale de droit public confie la gestion d’un service public dont elle a la responsabilité à un délégataire public ou privé ». Des grandes entreprises comme ADP (anciennement Aéroports de Paris) ou la RATP sont ainsi concernées, mais aussi des petites structures comme des gestionnaires de crèches ou de piscines municipales.

    Au sujet de cette extension, certains avancent qu’elle est inutile. Effectivement, quelques règles permettent déjà de se repérer en matière d’application de la neutralité pour les structures qui portent une mission de service public.

    Or, plusieurs situations ont fait ressortir l’imprécision de ces critères et leur difficile mobilisation au niveau managérial : l’affaire Baby loup reste à ce jour la plus signifiante. En 2008, l’une des salariés avait été licenciée pour « faute grave » car le port du voile était contraire au règlement intérieur de cette entreprise, une structure privée. Une décision confirmée par la Cour de cassation après plus de cinq ans de feuilleton judiciaire qui estimait que le règlement intérieur était « suffisamment précis au regard du contexte et de l’objectif ».

    Zones d’incertitudes

    Pourtant, selon la loi, dans les entreprises privées, un principe domine : la liberté de chaque individu de croire, de ne pas croire, mais aussi de manifester sa croyance, y compris dans le contexte de son travail. Ainsi, tout salarié peut en principe se vêtir et agir librement en accord avec ses croyances dans le contexte de son travail, en respectant toutefois les principes d’hygiène et de sécurité, et de bon fonctionnement de l’entreprise.

    Dans le service public, le principe de laïcité domine. Depuis 1905, cela signifie une obligation de neutralité des agents à l’égard des usagers d’une part, pour garantir à ces derniers une égalité de traitement, et une obligation de neutralité à l’égard de leur institution d’autre part, pour ne pas perturber le service et sa cohésion. Ce principe de laïcité est donc synonyme de neutralité dans ces services publics (enseignement, justice, police par exemple) mais aussi dans toutes les organisations publiques (transports, énergie par exemple).

    Or, dans les deux cas, des zones d’incertitudes persistent, que cherchent à réduire le législateur et/ou les managers.

     

    Dans les organisations publiques, la neutralité pourrait apparaître comme une solution idéale et facile à mettre œuvre. Pourtant, dans son discours récent, le président a évoqué des « dérives ».

    Certains travaux évoquent en effet l’existence d’une gestion du fait religieux qui recouvre deux réalités bien distinctes : si les cas sont en majorité mieux gérés par les entreprises, certaines demandes se muent aujourd’hui en revendications.

    Le cas des autorisations spéciales d’absences pour fêtes religieuses, qui ne sont autre chose que des jours de congés supplémentaires aux fêtes religieuses chômées pour les agents qui n’appartiennent pas au culte catholique, font notamment l’objet d’un débat en ce qu’il peut créer un sentiment au moins de confusion, sinon d’injustice.

    Comment en est-on arrivé à cette situation ? Nous avions déjà mis en évidence dans un précédent article que l’application du principe de laïcité est soumis à trois hypothèses fortes : sa stabilité, son universalité et l’imperméabilité entre les sphères. Or, dans la réalité, les acceptions de ce principe ont évolué et il n’y a pas d’étanchéité totale entre les organisations publiques et privées : certaines appartenant à la deuxième catégorie peuvent exercer une mission de service public.

    Cascade d’attentes

    L’enjeu du projet de loi est donc de définir à qui s’appliquera(it) le principe de neutralité dans le cadre d’une délégation de service public. Or, cet enjeu amène une cascade d’attentes. Cela nécessitera en effet de définir encore plus précisément ce que l’on entend par « délégation de service public », d’en définir les contours, mais aussi de distinguer les personnes concernées par ces missions.

    Par exemple, un·e salarié·e exerçant une partie de son temps une mission de service public, ne sera-t-il.elle soumis·e que partiellement à ce principe de neutralité ? Et au-delà, cela impliquera de donner une définition et des limites au principe de neutralité, dont la mise en application est souvent moins aisée que prévu.

    Cette perspective d’évolution juridique pourrait se concrétiser par trois scénarios en fonction du contenu du texte, mais aussi de son adoption et de ses mises en actions par les organisations concernées et leurs managers :

    • une loi de recadrage utile pour fixer des limites à certaines pratiques et éviter que certaines entreprises n’appliquent ou n’appliquent pas la neutralité à tort.

    • une loi qui brouille encore les repères déjà flous proposés par la jurisprudence ;

    • une loi inutile et qui ne ferait pas référence, sur laquelle les administrations publiques ne pourrait donc pas s’appuyer lors des processus de délégation.

    Des outils d’accompagnements des entreprises concernées pourraient également s’avérer nécessaires (formations, conseils juridiques, guides pratiques d’études des situations de délégation), et l’incitation à les organiser pourrait venir de la loi. Dans tous les cas, les zones de flou restent trop importantes à l’heure actuelle et seule la présentation du texte rédigé, puis amendé, permettra de laisser envisager l’un ou l’autre des scénarios avec plus de certitudes, selon le degré de précision qu’il fera gagner au corpus juridique préexistant.

     

    Hugo Gaillard, Docteur en Sciences de Gestion et enseignant en GRH, Le Mans Université
    Géraldine Galindo, Professeur, ESCP Business School

    StopCovid : « un million d'utilisateurs » et quelques réserves non dissipées

    Béatrice Siadou-Martin, Université de Lorraine ; Christine Gonzalez, Le Mans Université ; Inès Chouk, CY Cergy Paris Université ; Jean-Marc Ferrandi, Université de Nantes et Zied Mani, Université de Nantes

    Les outils de traçage des contacts nécessitent un taux d’adoption élevé pour fonctionner efficacement. Thomas Samson / AFP

    Disponible depuis le 2 juin, l’application StopCovid, qui avertit son utilisateur d’un éventuel contact avec une personne infectée par le coronavirus, a dépassé le « cap du million d’utilisateurs », a annoncé le 6 juin Cédric O, secrétaire d’État au numérique. Lors de sa prise de parole, ce dernier a également précisé que ce chiffre correspondait à l’activation de l’application et non à son simple téléchargement.

    Mais derrière cette adoption subsistent toujours des craintes liées à une dérive potentielle de son utilisation vers la surveillance de masse. De plus, des interrogations sur son utilité réelle persistent.

    Notre analyse des commentaires spontanés laissés sur les sites de presse et les réseaux sociaux nous permet de constater que les réactions la concernant sont controversées. Ainsi, loin d’être consensuelle, l’application soulève questions et défis quant à son adoption par la population.

    Une efficacité liée au taux d’adoption

    Dès 2019, dans ses recommandations sur le recours aux technologies numériques pour améliorer la santé des populations, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) soulignait tout le potentiel des outils digitaux pour établir des relations plus personnalisées avec les patients.

    Dans le contexte de déconfinement, les applications mobiles font partie des dispositifs possibles pour analyser, contrôler ou conseiller les individus, et ainsi éviter un rebond épidémique.

    L’efficacité de ces applications « servicielles », qui construisent leur proposition de valeur sur l’utilité et la praticité et cherchent à faire de « bons comportements » par les individus, a été étudiée dans le domaine de la santé (lutte contre l’obésité, appropriation des solutions thérapeutiques) ou de la consommation durable (lutte anti-gaspillage).

    Ces outils sont de deux natures : conseil ou contrôle. Dans le cas de la crise du Covid-19, selon le think tank Terra Nova, elles ont pour rôle de « permettre un suivi individualisé de l’épidémie et d’automatiser les contrôles jusqu’alors assurés manuellement par les autorités sanitaires ».

    En effet, le « contact tracing » (traçage des contacts) est un dispositif de santé publique utilisé dans la surveillance et la lutte contre la propagation des virus qui, à l’origine, repose sur le travail d’enquêteurs. Avec la pandémie de Covid-19, le débat s’est focalisé sur les applications mobiles pour automatiser ce contact.

    Le principe est le suivant : une fois installée sur le smartphone, l’application mémorise les personnes croisées (à moins d’un mètre pendant 15 minutes), volontairement ou non. Elle enregistre ainsi tous les contacts que chaque utilisateur a eus avec d’autres personnes équipées de l’application. Si un individu de la chaîne de contacts se déclare positif sur l’application, celle-ci informe ses membres via une notification.

    Les personnes alertées peuvent se faire dépister et reçoivent des conseils sur le bon comportement à adopter, à savoir : s’isoler, limiter ses déplacements, porter un masque et consulter un médecin afin de briser les chaînes de transmission du virus.

    Ainsi le succès de l’application est notamment conditionné à l’adoption massive de l’outil et à la bonne foi des utilisateurs (accepter de se déclarer positif au virus), ce qui pose les questions du caractère volontaire de son téléchargement et de la technologie utilisée (GPS, Bluetooth, stockage des données, etc.).

    À ce jour, plusieurs pays ont étudié cette piste et mis en œuvre des solutions digitales de lutte contre la propagation du Covid-19. La note de l’ancien secrétaire d’État Mounir Mahjoubi permet d’identifier quatre critères essentiels pour les distinguer :

    • le caractère obligatoire ou non de leur utilisation ;

    • l’objectif poursuivi : cibler l’individu (gérer la contamination individuelle) ou le collectif (savoir où mener des campagnes de tests) ;

    • le comportement souhaité de l’utilisateur : rester confiné, se tester ou éviter les zones à risque ;

    • l’usage des données : transmission des informations à l’individu uniquement ou à des tiers.

    Le taux d’adoption de ces applications reste faible dans certains pays comme Singapour où seulement 19 % des citoyens en sont équipés. De plus, il reste difficile d’établir le pourcentage auquel il devient efficace. En effet, malgré un taux de 40 % en Islande, « cela n’a pas changé la donne » ; pire, certaines tentatives se sont soldées par des piratages, comme au Qatar.

    Le 25 mai dernier, Cédric O estimait néanmoins que l’application StopCovid se révèlerait efficace « à partir de 10 % de personnes qui l’utilisent dans un bassin de vie » du fait de son « efficacité systémique pour diminuer la diffusion de l’épidémie ».

    Quid de l’application « made in France » ?

    En France, ces dernières semaines, les médias se sont fait l’écho des débats politiques, des prises de parole des experts techniques évoquant les dangers potentiels de ces applications. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a estimé que :

    « (Une application comme StopCovid) peut être légalement déployée dès lors qu’elle apparaît être un instrument complémentaire du dispositif d’enquêtes sanitaires manuelles et qu’elle permet des alertes plus rapides en cas de contact avec une personne contaminée, y compris pour des contacts inconnus. »

    Les craintes restent néanmoins vives et motivent des mouvements de résistance plus ou moins organisés. La quadrature du net, association de défense des libertés sur Internet, appelle ainsi à un rejet total de l’application. Sur Twitter, un compte parodique reprend et détourne les codes de communication officiels pour la promouvoir.

    L’organisation non gouvernementale Bayes Impact a conçu le site Briser la Chaîne pour « participer à préserver la santé de ses usagers tout en veillant à garantir leur droit au respect de la vie privée ». Elle propose un système d’accompagnement individuel pour aider le malade à se souvenir pas à pas des personnes avec qui il a été en contact durant sa période de contagiosité.

    Ces initiatives témoignent du fossé entre le discours officiel et les réactions des internautes. L’analyse de ces réactions sur les réseaux sociaux et dans les commentaires d’articles de presse permet d’identifier trois types de freins à l’adoption de l’application : politiques, fonctionnels et liés aux préoccupations pour la vie privée.

    Les discours font apparaître un manque de légitimité des autorités au niveau des compétences et des objectifs : quelles sont les intentions gouvernementales ? L’application restreint-elle les libertés ?

    Les individus craignent donc d’être surveillés individuellement comme collectivement et perçoivent ces applications comme fortement intrusives, car elles supposent un contrôle de chacun et une collecte des données. De plus, elles possèdent un caractère culpabilisant, voire infantilisant.

    Au-delà de ces considérations, des usagers se posent des questions quant à l’utilité et l’efficacité de ces applications dans la lutte contre le Covid-19.

    Toutefois, il existe des internautes favorables à l’application, mais ces derniers mettent en balance ces freins avec des préoccupations d’ordre économique et sanitaire. Par peur de voir l’épidémie se poursuivre et la crise économique s’amplifier, certains sont prêts à accepter cet outil, mais seulement s’il permet de réduire véritablement les risques et les impacts encourus. Or, comment le leur garantir ?

    Répondre officiellement aux craintes

    Une solution digitale techniquement performante sur le papier peut se révéler inefficace si la population n’y adhère pas sur le principe. La prise en compte des aspects psychologiques est cruciale pour comprendre et anticiper le comportement des citoyens face à leur résistance aux innovations technologiques.

    Ainsi, accompagner la mise en place d’une application de « contact tracing » implique de créer un environnement socioculturel favorable ainsi qu’une communication adaptée à son téléchargement.

    Trois pistes d’arguments sont mobilisables dans une communication officielle :

    • le bénéfice : la communication doit-elle mettre en avant un bénéfice individuel-égoïste (protéger sa propre santé) ou un bénéfice collectif-altruiste (éviter la propagation du virus) ?

    • les garde-fous technologiques : face aux préoccupations en matière de vie privée, comment garantir la transparence quant au devenir des données recueillies ?

    • la source de la solution technologique : l’analyse des discours en ligne montre l’importance de la fiabilité et de l’expertise de la source et donc de sa crédibilité. À quelle source faire confiance sans avoir peur d’être trompé ou manipulé ? Quelle source mettre en avant dans la communication pour l’adoption de l’application ?

    Ces arguments en matière de communication sont à prendre avec précautions, car une autre forme de résistance peut se manifester envers les messages publicitaires incitant à son adoption. Cette résistance à la publicité remettrait en cause l’efficacité des modes de communication utilisés.

    Ainsi, seule une analyse approfondie de la corrélation entre contenu des messages gouvernementaux et taux d’adoption réel de l’application StopCovid nous permettra de juger de l’efficacité de la communication contre la défiance actuelle des Français.

    De plus, une analyse de l’évolution du nombre de téléchargements et de l’utilisation effective de l’application sur la durée restera nécessaire pour conclure sur la capacité du gouvernement à convaincre les résistants de la première heure.The Conversation

    Béatrice Siadou-Martin, Professeur des universités en sciences de gestion, Université de Lorraine ; Christine Gonzalez, Professeur des universités en sciences économiques et de gestion, Le Mans Université ; Inès Chouk, Enseignante-chercheuse à Paris Cergy Université / Résistance aux innovations technologiques, CY Cergy Paris Université ; Jean-Marc Ferrandi, Professeur Marketing et Innovation à Oniris, Université de Nantes et Zied Mani, Maître de Conférences en Sciences de Gestion, Université de Nantes

    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.