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    2021

    Assurance-chômage : faut-il renforcer le contrôle des chômeurs ?

    Si la réforme de l’assurance-chômage doit entrer en vigueur au 1er juillet, l’opposition ne désespère pas d’obtenir son retrait. Rassemblés devant l’agence Pôle emploi d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) le mardi 8 juin, les députés socialistes ont par exemple dénoncé une réforme « brutale » et « injuste », invoquant notamment les résultats d’une étude d’impact de l’Unédic.

    D’après celle-ci, la nouvelle réforme de l’assurance-chômage conduira à une baisse de l’allocation journalière pour 1,15 million de chômeurs, tout en augmentant la durée moyenne de versement de 3 mois. L’objectif reste une baisse des dépenses de 2,3 milliards d’euros.

    Contrairement à la tendance actuelle en Europe, cette réforme semble s’écarter du modèle de flexisécurité, construit notamment au Danemark. Celui-ci, souvent représenté sous la forme d’un triangle, associe flexibilité des règles d’embauches et de licenciements, générosité des indemnités de chômage et une politique active dans le suivi des chômeurs.

     

     Éviter les contresens

    Ce dernier sommet du triangle s’invite régulièrement dans le débat public. À en croire certains chiffres, le stock d’emplois inexploités de l’économie française serait considérable et une meilleure orientation des chômeurs pourrait alors constituer un levier efficace dans la lutte contre le chômage de masse.

    À bien y regarder, les chiffres ne semblent cependant pas si explicites. La réduction et la quantité d’emplois vacants ne paraissent pas constituer l’enjeu prioritaire du contrôle des chômeurs.

    Les concepts d’« emplois vacants » et d’« emplois non pourvus » s’avèrent souvent utilisés de manière interchangeable. Il s’agit pourtant de deux notions différentes. Eurostat, l’agence statistique de l’Union européenne, définit un emploi vacant comme « un poste nouvellement créé et non pourvu, ou qui deviendra vacant sous peu et que l’employeur souhaite pourvoir immédiatement ou dans un délai déterminé ».

    Ainsi, tous les emplois de l’économie française sont-ils restés vacants au moins quelques jours avant d’être pourvus. Le concept d’emploi vacant ne fournit par conséquent aucune information sur la durée de vacance d’un emploi ou la propension des chômeurs à refuser des propositions d’embauche.

    La mauvaise compréhension de cet indicateur conduit de nombreux commentateurs à un contresens. La présence d’emplois vacants signale en effet avant tout un marché du travail en bonne santé : plus l’économie crée de nouveaux emplois, plus le nombre de postes vacants est élevé.

     

     Pas faute de candidats

    À ce titre, les résultats de l’économie française demeurent inquiétants. Contrairement à une idée répandue, la France présente un des taux de vacance les plus faibles du continent européen. Celui-ci est de 1,4 % contre 2,4 % pour les Pays-Bas, 2,1 % pour l’Allemagne et 1,8 % pour la Suède. Derrière la France, on retrouve l’Italie (0,9 %), l’Espagne (0,7 %) et la Grèce (0,3 %). Cela peut s’interpréter comme le signe d’un marché du travail français sclérosé avec peu de séparations et peu de créations de postes.

    Le concept d’emploi non pourvu renvoie, lui, à une autre réalité aux contours incertains. Dans les faits, il n’existe d’ailleurs pas de mesure précise des offres d’emplois non pourvues. En 2018, sur 3,2 millions d’offres d’emploi déposées à Pôle emploi, 343 000 n’ont pas trouvé preneur.

    Sources : Pôle emploi

    L’ensemble de ces échecs de recrutement ne semble pas attribuable à l’absence de candidat. Loin de là, comme le montrent les chiffres de Pôle emploi qui, depuis 2011, indique les raisons pour lesquelles une offre n’a pas abouti à un recrutement : 112 000 d’entre elles, en 2018, ont fait l’objet d’un retrait suite à la disparition du besoin de recrutement, 157 000 faute d’avoir trouvé un candidat adéquat et 74 000 restent disponibles. Sont généralement concernés des postes aux qualifications très spécifiques et de temps partiel.

    Il convient de rapporter ces données aux 3,2 millions de propositions d’emplois déposées auprès de Pôle emploi. Les projets de recrutement abandonnés faute de candidat représenteraient ainsi moins de 4,9 % des créations d’emplois potentielles. On comprend alors aisément que le refus de propositions d’emplois n’explique que quelques dixièmes de points du taux de chômage.

    Faut-il pour autant en déduire que le renforcement du suivi des chômeurs, pour qu’ils s’orientent au mieux vers les postes à pourvoir, est inutile ? La réponse à cette question ne semble pas aussi triviale qu’il n’y paraît.

     

     Générosité et contrôle

    La focalisation du débat autour des problématiques de la fraude et du coût des indemnités tend à faire oublier un élément essentiel : la vocation première de l’assurance-chômage reste la protection des travailleurs contre les risques de perte de revenus. Dans des économies où la souplesse du marché du travail compte de plus en plus parmi les facteurs de compétitivité, un système d’assurance-chômage généreux facilite la mobilité professionnelle.

    À l’image des économies d’Europe du Nord, l’évaluation de l’architecture de l’indemnisation du chômage doit se faire en fonction de plusieurs critères : sa capacité à couvrir efficacement les travailleurs contre les risques induits par la flexibilité et les incitations à la reprise d’emploi.

    À partir de données danoises, les économistes Michael Rosholm et Michael Svarer ont démontré dans un article publié en 2008 que l’obligation de participer à un programme de formation augmentait de manière significative la probabilité de sortir du chômage. Cet effet apparaît même avant le début de la formation. Une autre étude sur données néerlandaises calcule un taux de sortie du chômage aux Pays-Bas multiplié par deux pour les chômeurs dont les prestations ont été suspendues temporairement.

    Le Danemark fait partie des économies qui ont le contrôle le plus étroit des demandeurs d’emploi – Les scores varient de 1 (contrôle le moins strict) à 5 (contrôle le plus strict). Kristine Langenbucher (2015)

     

    Ces systèmes d’indemnisation présentent deux points communs : ils sont particulièrement généreux et font le pari de l’individualisation en renforçant le suivi et le contrôle des demandeurs d’emploi.

    Au Danemark, les indemnités chômage peuvent représenter jusqu’à 90 % du salaire de référence et être perçues pendant 2 ans. Selon une étude de l’OCDE publiée en 2015, ce pays compte aussi parmi les plus rigoureux d’Europe en matière de contrôle des chômeurs avec les Pays-Bas, la Suède et la Suisse.

     

     Loin d’une logique punitive

    Les travailleurs danois se voient ainsi proposer le contrat suivant : une sécurisation des revenus et des parcours professionnels en contrepartie de nouvelles obligations assurant leur insertion sur le marché du travail. Les économies d’Europe du Nord apportent la preuve qu’il est possible d’améliorer la protection financière contre le risque de chômage en contrepartie d’un renforcement du suivi des chômeurs.

    Dans la lignée de travaux portant sur l’architecture optimale de l’indemnisation du chômage, nous avons évalué les conséquences de l’introduction d’un système de flexisécurité en France. Il apparaît clairement qu’un renforcement du suivi des travailleurs dès leur entrée au chômage devient un substitut efficace à la réduction des indemnités.

    Pareille réforme permet d’alléger le coût pour le contribuable sans pour autant réduire le niveau de protection des chômeurs. Bien au contraire, les gains obtenus par un meilleur accompagnement permettent d’augmenter le montant des indemnités sous réserve d’une recherche active d’emploi. Cette hausse sous condition des allocations avec la durée du chômage semble même fortement inciter à rechercher un emploi et à participer aux programmes de formation.

    Loin d’une logique punitive, le contrôle des chômeurs devient alors un moyen de concilier maîtrise des coûts et couverture efficace du risque de chômage grâce à une individualisation de l’accompagnement et des indemnités. À cet égard, le big data et le développement de la science des données restent d’ailleurs des outils encore sous-exploités pour le suivi des chômeurs.

     

    Auteurs :
    Solenne Tanguy
    , enseignante-chercheure en sciences économiques à Le Mans Université, laboratoire GAINS
    et Sébastien Ménard enseignant-chercheur en sciences économiques à Le Mans Université, laboratoire GAINS

    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

    Clash, featuring, évitement… les stratégies relationnelles des rappeurs à la loupe

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    Le rap est le genre musical le plus écouté et représente un quart de la consommation de musique mondiale. Credit photo : Shutterstock

     

     

    Quelques jours après l’annonce de la sortie de son dernier album, le rappeur Booba a créé la polémique en répondant à l’une de ses fans qui lui demandait sur Instagram si un featuring (c’est-à-dire une collaboration artistique) avec le rappeur Ninho était envisageable.

    Sa réponse était très claire, il ne fera pas de feat avec Ninho, ce dernier ayant fait trop de collaborations avec ses ennemis :

    « Pour répondre au peuple, quand on est le “meilleur” de sa génération, on devrait savoir que collaborer avec tant d’ennemis du Duc (surnom de Booba) est forcément annulatoire. J’ai déjà refusé ce feat à plusieurs reprises et il n’aura jamais lieu ».

    Cette réponse témoigne de toute la complexité des relations dans le monde du rap, industrie singulière où la performance des artistes – leaders comme challengers – repose en grande partie sur la façon dont ils gèrent leurs relations tant artistiques que commerciales.

    De nouveaux comportements stratégiques

    Trois mutations majeures de l’industrie musicale ont permis de placer les rappeurs au centre du jeu, justifiant l’apparition de nouveaux comportements stratégiques.

    La première est technologique : le numérique est désormais le principal espace de création de valeur dans l’industrie musicale (graphique de gauche). Il a permis l’émergence d’une relation directe entre les artistes et le public, présentant de nombreux avantages, notamment en matière de coûts ou d’engagement de la fanbase (communauté de fans).

    Les rappeurs sont les artistes qui ont le mieux investi l’espace numérique, notamment du fait de leur relation particulière aux médias. Représentant un quart de la consommation mondiale de musique, le rap est le genre musical le plus écouté sur Internet (graphique de droite), et les rappeurs comptent parmi les artistes les plus suivis sur les réseaux sociaux.

    Graphiques : (G) Part de marché du numérique et du physique – (D) Part de la musique urbaine, dont le rap. Auteurs (D.R)

     

    Une deuxième mutation concerne la place du public dans les process de création de valeur. Les auditeurs contribuent non seulement à la performance d’écoute (et donc commerciale), mais aussi à la notoriété de l’artiste et à la réduction des coûts de marketing via les « partages » de masse et l’alimentation des buzz.

    Ayant plus rapidement investi la toile et s’y montrant plus engagés, les rappeurs sont à la tête d’une communauté active : l’impact sur les médias sociaux est un indicateur clé de performance, où la légitimité – y compris auprès de partenaires potentiels – se mesure aussi par l’engagement d’une communauté de followers.

    Une troisième mutation a trait au jeu concurrentiel. En plaçant le public en situation d’hyperchoix face à un volume colossal d’artistes et de productions musicales, Internet a déplacé la concurrence sur le terrain de l’attention. L’effet « zapping » qui y règne complexifie la conquête et la fidélisation d’un public versatile et hétérogène.

    De façon consciente ou pas, les rappeurs ont répondu à ce problème par une segmentation accrue de leur marché, pour se distinguer des autres et pour réduire l’intensité concurrentielle. Le public de Soprano n’est pas celui de Booba qui lui-même n’est pas celui d’Orelsan… De même, le groupe PNL et le rappeur Jul adoptent des stratégies très différentes, mais néanmoins couronnées de succès.

    Dans cet univers recomposé, les stratégies relationnelles des rappeurs deviennent cruciales. Nous avons donc étudié la façon dont ces derniers se comportent au prisme du triptyque bien connu en stratégie : coopérer, s’affronter ou s’éviter.

    Le clash ou l’affrontement artistique

    Il s’opère entre rappeurs rivaux aux univers artistiques proches et aux contenus similaires. Ici, les rappeurs cherchent à dominer ou évincer leurs concurrents directs en les défiant nommément (jusqu’au cas extrême de l’affrontement physique instrumentalisé), avec pour enjeu principal la conquête de nouvelles parts de marché et le renforcement de la fanbase.

    Le clash consiste donc à s’affirmer tout en affaiblissant les rivaux. Le rappeur Booba s’illustre particulièrement dans cette catégorie, ayant été tour à tour acteur et initiateur de multiples clashs (La Fouine, Rohff, Kaaris, Damso, ou même le présentateur radio de l’émission Planète Rap Fred Musa). L’avantage de ce type de confrontation est la création d’un attachement affectif fort des observateurs et auditeurs, au premier rang desquels les fans de chaque artiste. Elle nécessite toutefois un degré de précision stratégique important, et entraîne une incertitude forte quant à l’issue du processus.

    À titre d’exemple, l’altercation entre Booba et Kaaris à l’aéroport d’Orly a généré des gains (renforcement de leur légitimité dans l’industrie rap, promotion de leurs albums et tournées, clics monétisés…), mais aussi des effets contre-productifs (bad buzz en dehors de l’industrie rap et dans l’opinion publique, des risques de sanctions financières et juridiques…).

    Le featuring ou la coopération artistique

    L’objectif est d’améliorer les situations respectives des acteurs en produisant un contenu artistique commun, par une coopération ponctuelle, régulière ou pérenne. Les featurings connectent des communautés artistiques, voire extra-artistiques, et génèrent des gains directs de volume et d’image, tout en générant des effets d’échelle puisque les coûts de production sont partagés et étalés sur un nombre plus conséquent d’auditeurs. Ils permettent aussi de réduire l’effet zapping en alimentant des buzz réguliers. Deux formes de coopérations peuvent être observées.

    La coopération intra-sectorielle, la plus répandue, est une collaboration horizontale où chaque artiste s’ouvrira au public de l’autre et bénéficiera par la même occasion de son espace médiatique. Elle comprend une part importante de calcul concurrentiel : tester les partenaires, notamment les challengers, les intégrer en cas de succès, affirmer sa place de leader, ou encore étendre ses parts d’écoute.

    La coopération inter-sectorielle résulte quant à elle d’une volonté d’organisations « hors-rap » d’associer leur image à « l’univers rap » et/ou comme le résultat de stratégies de diversification des artistes (devenus eux-mêmes des marques), cherchant à enrichir leurs activités et leurs sources de revenus.


    Vidéo de présentation de la collaboration M·A·C x AYA NAKAMURA.

    Assimilables à des investissements, elles sont risquées, mais peuvent se montrer particulièrement créatrices de valeur en cas de succès. Les exemples ne manquent pas : succès pour Aya Nakamura et la marque de cosmétique M.A.C ; échec pour Moha la Squale et Lacoste ; controverse pour Oxmo Puccino et les whiskies Chivas.

    L’ignorance ou l’évitement

    L’ignorance est le troisième mode relationnel, et fait écho à la volonté des rappeurs de s’ignorer, de ne pas entrer en contact entre eux, de développer une logique de non-affrontement ou de boycott, et d’empêcher toute forme d’interaction.

    Ici, les rappeurs se positionnent sur des segments et des publics différents, afin de se démarquer et/ou de bénéficier d’un effet de monopole sur un segment musical peu ou pas occupé. Au niveau des pratiques de boycott, fréquentes dans cette industrie, elles sont mobilisées stratégiquement à des fins de renforcement de la légitimité des acteurs. Par exemple, boycotter un média peut permettre aux rappeurs de renforcer leur crédit auprès de leur communauté de fans.

    Le groupe PNL boycotte l’ensemble des médias, ce qui attire encore plus leur attention. QLF Records

    Les rappeurs peuvent également décider de simplement ignorer l’existence d’autres artistes, ou à l’extrême de fuir la sphère médiatique. Le cas du groupe PNL est assez parlant : leur boycott des médias a amené ces derniers à multiplier les chroniques, articles et synthèses sur le duo, leur univers, leur stratégie, renforçant la notoriété et la légitimité du duo.

    Cet évitement leur confère notamment une image d’authenticité et d’indépendance, base d’un avantage concurrentiel certain.

    Un univers essentiellement coopétitif

    Ces stratégies relationnelles ne sont pas exclusives et peuvent être hybrides. Ainsi, à mi-chemin entre le clash et le featuring, la coopétition apparaît comme l’une des configurations les plus développées. Ici, les rappeurs sont à la fois concurrents et partenaires. Que ce soit sur une production musicale, un clip ou le partage d’une scène de concert (même durant quelques minutes), la rivalité est souvent sous-jacente, chacun devant « faire mieux que l’autre ».

    Cette rivalité en filigrane est exacerbée par la capacité des auditeurs à se prononcer ouvertement sur la supériorité de tel artiste, sur la base de critères mouvants (performance artistique, style, charisme, etc.).

    On retrouve quelque peu ici la logique des battles, omniprésentes dans l’univers rap, où les acteurs sont en vraie fausse rivalité, en cela que si le show (et ses retombées) est collectif, la compétition aux yeux du public est quant à elle bien réelle. La coopétition reproduit cette logique à la fois dans les sphères d’expression classique (albums, concerts, clips…) et sur Internet… avec toute la résonance que peuvent conférer les réseaux sociaux.

    De manière générale, cette recomposition de l’industrie musicale du rap, portée par les rappeurs et étendue à l’industrie musicale dans son ensemble, appuie le constat d’une industrie liquide et instable. L’incertitude couplée au temps court pousse à des ajustements perpétuels et constants.

    La capacité à « bien gérer » ses relations est ainsi décisive, pouvant vous porter aux nues comme vous plonger dans les abysses de l’industrie. Conscients de la singularité des règles du rap game et des risques associés, les rappeurs ont appris à composer avec les temps forts concurrentiels devenus, pour eux, de véritables îlots de fixation. Le temps concurrentiel se fige alors, l’espace d’un instant, permettant aux observateurs d’y voir plus clair. Et de préparer, déjà, la révolution d’après…

     

    Cette contribution est tirée du chapitre intitulé « Les dynamiques concurrentielles au sein de l’industrie musicale du rap : un champ de recherche émergent à explorer », publié par les auteurs dans l’ouvrage « La dynamique concurrentielle : acteurs singuliers, stratégies plurielles », dirigé par le Pr. Faouzi Bensebaa et publié aux Éditions EMS en 2021.

    Auteurs :
    Hugo Gaillard - Enseignant chercheur en gestion à Le Mans Université - Laboratoire ARGUMans
    Tarik Chakor - Maître de conférences en sciences de gestion, Aix-Marseille Université (AMU)
    Julien Pillot - Enseignant-Chercheur en Economie (Inseec) / Pr. associé (U. Paris Saclay) / Chercheur associé (CNRS), INSEEC Grande École

    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

    Comment la science économique explique la réticence vaccinale française

     

    La crise du Covid-19 a permis d’observer comment les individus font des choix dans un environnement risqué, voir incertain. C’est en particulier le cas de la vaccination pour lequel deux risques sont en concurrence : être infecté ou subir des effets secondaires de la vaccination. Comment expliquer et donc prévoir ces intentions de vaccination ?

    Avant que la population n’ait accès à la vaccination, un grand nombre de personnes n’avaient pas l’intention de se vacciner. Fin novembre 2020, les Français qui étaient très fortement touchés par la pandémie avec 787 décès par million d’habitants, contre 873 au Royaume-Uni et 200 en Allemagne, avaient les intentions de vaccination les plus faibles avec seulement 47 % des sondés, contre 77 % pour les Britanniques et 65 % pour les Allemands. Ce chiffre est remonté depuis, tout en se maintenant sous le niveau enregistré dans les autres pays.

     

     

    Compte tenu de la possibilité de mourir du Covid-19 et de la disponibilité de vaccins, les modèles de choix basés sur l’utilité espérée, outil standard de la théorie de la décision, prédisent toujours que la vaccination est préférée, malgré ses possibles effets secondaires.

    En effet, comme le « coût » prévisible des effets secondaires reste inférieur aux coûts prévisibles de la maladie, tout le monde devrait choisir de se faire vacciner. Dès lors, comment expliquer la paradoxale faiblesse des intentions de vaccination ?

    Surpondérations des faibles pertes et des faibles probabilités

    La théorie des perspectives est capable de résoudre ce paradoxe. Basés sur des traits de caractère très bien référencés en psychologie, les mécanismes déterminant les choix sont intuitifs, surtout lorsqu’on analyse une décision affectant la santé.

    Tout d’abord, les individus ont tendance à évaluer leurs actions en écart à un point de référence. Dans le cas de la vaccination, cette référence est la bonne santé, état qu’ils ont avant la vaccination et sans être infecté par le coronavirus. Ils sont aussi davantage sensibles aux pertes par rapport à cette référence qu’aux gains, ce qui amplifie la perception des coûts de toute maladie (infection ou effets secondaires). Mais surtout, les pertes induites par de très faibles détériorations de l’état de santé sont mieux perçues (surpondérées) que celles liées à de très fortes détériorations : les faibles pertes induites par les effets secondaires peuvent avoir un impact plus important sur les choix que la perspective de pertes élevées induites par la maladie, voire la mort.

    Au-delà de l’évaluation des pertes et des gains, les individus ont aussi tendance à déformer les probabilités objectives (c’est-à-dire les risques mesurés par les expériences scientifiques), en surpondérant les faibles probabilités, donc en l’occurrence les effets secondaires. Ainsi, si les préférences des agents surpondèrent à la fois l’évaluation des petites pertes et leurs petites probabilités d’occurrence, alors la vaccination peut être rejetée par certains individus, même si les risques concernant effets secondaires restent très limités.

     

     

    Si la balance « bénéfice-risque » semble biaisée en faveur des risques associés à la vaccination, plus fortement pondérés dans la psychologie humaine, d’autres facteurs peuvent au contraire renforcer l’évaluation des bénéfices et alors expliquer l’acceptation de la vaccination.

    C’est en particulier le cas d’une valorisation élevée du bien-être à long terme, ou encore d’une valorisation de la participation à l’immunité collective. Ces deux traits psychologiques peuvent faire pencher les individus qui les ont en faveur du vaccin.

    Ainsi, un modèle intégrant le risque, le temps et le goût pour la coopération semble approprié pour prédire les intentions de vaccination.

    Un article de recherche récent montrait que ce type de préférences permettait de très bien expliquer les observations d’une enquête originale réalisée par les auteurs sur un échantillon représentatif de Français, fin novembre 2020.

    L’utilisation de cette enquête permet d’identifier l’hétérogénéité des préférences au sein de la population grâce aux réponses des sondés à différentes situations de choix financiers. Il est alors possible d’estimer, pour chaque individu, sa perception de la valeur des gains et des pertes, sa patience et son appétence à la coopération.

    Question de confiance

    Une fois estimé, ce modèle permet de prévoir 85 % de l’évolution des intentions de vaccination entre novembre 2020 et mars 2021, à la suite des évolutions des taux de mortalité, et donc des risques entre ces deux dates.

    Au-delà de la France, et en supposant que les préférences des individus des grands pays de l’OCDE sont les mêmes, ce modèle montre qu’une valorisation de la vaccination comme bien commun, spécifique à chaque pays, permet d’expliquer les écarts d’intentions de vaccination observés entre la France (47 %), l’Allemagne (69 %), l’Italie (65 %), l’Espagne (64 %), le Royaume-Uni (79 %), le Canada (76 %), le Japon (69 %) et les États-Unis (64 %).

    Cette plus faible valorisation du bien commun en France, par rapport à ce que l’on mesure pour l’Allemagne, le Japon ou le Canada, est à rapprocher de la faible part des Français ayant confiance dans les autres individus, en comparaison avec ce qui est observé en Allemagne, au Japon ou au Canada.

     

    La part inexpliquée des différences internationales peut alors être due à la polarisation des opinions politiques, exacerbant la méfiance envers les experts. En effet, en France, ceux qui avaient voté pour un candidat d’extrême gauche ou d’extrême droite à l’élection présidentielle de 2017 étaient 67 % à déclarer qu’ils refuseraient le vaccin, contre 19 % pour ceux qui ont voté pour les partis de centre-gauche et de centre-droit.

    Aux États-Unis, 44 % des Républicains contre 81 % des Démocrates accepteraient la vaccination contre le Covid. Au Canada, en Allemagne ou au Japon, ces oppositions liées aux opinions politiques extrêmes restent beaucoup moins vives.

    Communiquer sur une action collective

    En termes de politique publique, ces résultats indiquent que les autorités doivent faire très attention à la formulation de leur communication, en particulier lorsque la notion de risque est au centre des choix.

    Ainsi, une baisse significative des intentions de vaccination apparaîtrait si les médias évoquent la « controverse sur la sécurité des vaccins » plutôt que s’ils affirment qu’il n’y a « aucun effet indésirable observé ».

    La première formulation utilise en effet l’impossible absence d’erreur statistique inhérente à toute expérience scientifique pour mettre en scène une pseudo-controverse, alors que la seconde sous-entend que tout résultat scientifique doit être compris avec la mention « statistiquement significatif ».

    Mais il est clair qu’avec les préférences présentées plus haut, un doute, même infinitésimal, peut conduire au rejet de l’action.

    La communication menant à la prise de conscience d’une initiative visant le bien de la collectivité reste aussi primordiale. On observe ainsi une augmentation significative des intentions de vaccination lorsque l’on précise que « la plupart de vos collègues sont vaccinés », ou que « en me vaccinant, je participe à la lutte contre l’épidémie », ces deux formulations éveillant l’intérêt de participer à une action collective.

     

    Cet article est publié à l'occasion de la « Semaine Risques & Incertitude » organisée par Le Mans Université et ses partenaires du 15 novembre 2021 au 19 novembre 2021.

    Auteur :
    François Langot économiste, enseignant-chercheur en économie à Le Mans Université, laboratoire GAINS et Directeur adjoint de l’Institut du Risque et de l’Assurance.

    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.
    Lire l’article original.

    Dans l’Union européenne, les entreprises pourront-elles choisir d’interdire le voile au travail ?

    La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) doit désormais statuer sur la conformité de l’interdiction du port du voile au travail, en tenant notamment compte de l’impératif d’égalité de traitement en matière d’emploi. La Cour avait été saisie à ce sujet par des salariées musulmanes allemandes dont les employeurs leur demandaient de retirer leur voile dans l’exercice de leurs fonctions.

    Le 25 février, dans ses conclusions, l’avocat général a conforté la décision des employeurs allemands. La CJUE n’est toutefois pas tenue de suivre cet avis. Cependant si elle le faisait, cette décision devrait faire date.

     

    Les débats européens, s’ils ne sont pas encore tranchés, confirment d’ores et déjà l’importance de l’outil
    que constitue le règlement intérieur dans les entreprises en France. John Thys / AFP

    Deux affaires différentes

    Dans une première affaire datant de 2018, une association allemande reconnue d’utilité publique, qui intervient dans le champ de l’éducation des enfants, a adopté des « instructions de service » pour le respect du principe de neutralité.

    À partir du mois de mars de cette année-là, il n’était plus possible, pour les salariés, d’exprimer leurs convictions politiques et religieuses dans l’exercice de leurs fonctions. Il est d’ailleurs à noter que ces instructions ne s’appliquent pas aux salariés qui ne sont pas en contact avec le public.

    De retour de son congé parental après cette décision, une salariée portant le voile avait été suspendue provisoirement – après plusieurs avertissements – et le conteste. Ce premier cas n’est pas d’ailleurs sans rappeler, en France l’affaire dite « Baby-Loup », dans laquelle la justice a finalement donné raison à l’employeur après plusieurs années de procédure.

    La seconde affaire examinée par l’avocat général concerne le cas d’une salariée d’une chaîne de pharmacies du même pays qui portait nouvellement et à son retour de congé parental en 2014, un foulard islamique. Deux ans plus tard, son employeur lui a donné l’instruction de se rendre au travail « sans signe ostentatoire de grandes dimensions de convictions politiques, philosophiques ou religieuses ». Elle conteste également cette décision.

    Qui pour juger de la taille ?

    Les conclusions de l’avocat général, à la suite de la saisine par les juridictions allemandes, confirment tout d’abord, en s’appuyant sur des éléments de jurisprudence, que l’interdiction des signes religieux ou politiques par une règle interne d’entreprise, ne constitue pas une discrimination religieuse directe.

    Cela rappelle notamment le cas de l’entreprise française de conseil informatique Micropole, pour lequel la CJUE avait précisé en 2017 qu’une telle interdiction ne pouvait toutefois pas être motivée par l’exigence du client, et qu’un règlement interne devait l’appuyer.

    Un autre élément important est mis en avant, et n’est pas sans poser de questions pour la suite, notamment pour les managers confrontés à l’expression religieuse visible. En effet, l’avocat général précise que la politique de neutralité philosophique, religieuse et politique, n’est pas incompatible avec le port de signes religieux visibles ou non, mais toujours de petite taille, « que l’on ne remarque pas dans une première approche ».

    Plusieurs questions se posent, d’autant que l’avocat général rappelle qu’il n’est pas de la responsabilité de la CJUE de donner une définition de « petite taille ». Dès lors, à qui reviendrait cette responsabilité ? La question reste entière et n’est pas sans rappeler la difficile distinction entre l’ostensible et l’ostentatoire.

    Si la responsabilité revenait au manager, qui par appréciation, devrait « juger », de ce qui relève ou non d’une « petite taille », l’on peut supposer ici une extension de son champ d’intervention, au sein de situations déjà complexes.

    Au-delà de ces débats qu’il faudra approfondir lors de la publication finale de l’avis de la CJUE – qui n’est, rappelons-le, pas tenue de suivre les conclusions de son avocat général – ces conclusions renforcent selon nous la conception européenne des accommodements raisonnables.

    En effet, deux conceptions s’opposent, au sujet de ce concept clé. En France et plus largement en Europe, l’accommodement est le plus souvent demandé à l’employé, alors qu’aux États-Unis, les organisations doivent plus fréquemment s’adapter aux aspirations religieuses des collaborateurs. En Europe, le fonctionnement du collectif prime sur l’expression de l’individu, alors qu’outre-Atlantique, il convient de faire une place à cette expression. D’un côté, le management de la diversité, de l’autre, l’inclusion.

    Vers une diversité de postures en France ?

    En France, et dans le contexte du débat sur la loi confortant les principes républicains et de confusions à propos du principe de laïcité, ces conclusions viennent également confirmer l’importance de l’outil que constitue le règlement intérieur pour un employeur qui souhaiterait restreindre l’expression religieuse au travail.

    Ce règlement intérieur ne doit pas interdire l’expression religieuse de manière générale et/ou absolue, ni cibler une religion ou une pratique en particulier. Ainsi, les conclusions de l’avocat général semblent confirmer également le critère de restriction lié au contact client, ou encore le travail avec des publics vulnérables, ici les enfants.

    Plus précisément encore, ces conclusions confirment la possibilité d’une extension du domaine de la neutralité, aux entreprises privées qui le souhaiteraient, et laisse donc envisager des « postures » d’organisations de plus en plus diverses face à cet objet de management. Dans le même mouvement, les salariés les moins enclins à consentir à invisibiliser (même partiellement) leur religion au travail, pourraient rechercher des structures qu’ils jugent plus compatibles, avec des impacts sur leurs carrières.

    Enfin, l’origine européenne de l’avis pourrait permettre de gagner en clarté pour les décideurs des organisations privés, qui regrettent parfois la difficulté à s’approprier des règles françaises qui selon eux se croisent, voire s’entrechoquent.

    Il s’agira donc d’être particulièrement attentif à l’avis final, et ne pas faire l’économie d’une nouvelle analyse au-delà des slogans, car les avis de la CJUE portent souvent des faux-semblants qui débouchent sur des évolutions limitées dans les faits. Sur ce sujet particulièrement, les éléments et arguments considérés peuvent donc être pluriels, ce qui laisse des voies de réponses données à ces questions sensibles très ouvertes.

     

    Auteurs :
    Hugo Gaillard - Doctorant en sciences de gestion et chargé de cours en GRH à Le Mans Université - Laboratoire ARGUMans
    Géraldine Galindo - Professeur, ESCP Business School 
    Lionel Honoré - Professeur des Universités, Université de la Polynésie française, AUF (Agence Universitaire de la Francophonie)

    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.
    Lire l’article original.

    Doctorat : les grandes transformations de la thèse en management ?

    Alors que, dans les pays anglo-saxons ou germaniques, le doctorat est l’une des voies royales pour accéder à des fonctions d’encadrement en entreprise, en France, avec le poids des grandes écoles, le doctorat reste surtout un tremplin vers les métiers de l’enseignement et de la recherche. De fait, en 2013, la Fondation Nationale pour l’Enseignement de la Gestion (FNEGE) avait déjà montré que 75 % des docteurs en management faisaient le choix de la carrière académique. Cependant, l’accès à un poste universitaire devenant de plus en plus compétitif, le choix de ce débouché, toujours largement majoritaire, est désormais remis en question.

     

     

    Des travaux plus récents tendent à montrer que l’employabilité en dehors de la sphère académique dépend, pour beaucoup, de l’activité du doctorant en thèse : c’est aussi au doctorant de créer la valeur externe de son diplôme. Ceux qui quittent le monde universitaire se dirigent majoritairement vers les métiers du conseil, ou rejoignent des projets entrepreneuriaux dont l’activité est liée à leur recherche académique. D’autres, encore, s’orientent vers des fonctions plus classiques qui correspondent à leur spécialisation disciplinaire de thèse (gestion des ressources humaines, marketing, finance, comptabilité, systèmes d’information, data science, etc.).

    Ces comportements peuvent expliquer la tension du recrutement dans un contexte de stagnation des effectifs de maître de conférences en management sur la période récente. Les écoles de commerce, elles, se sont désormais pleinement engagées dans la compétition internationale (primes à la publication, anglicisation des parcours).

    En réponse à ce monde du travail changeant, l’exercice de la thèse se modifie, intégrant des rituels de promotion de soi. Nous considérons ces évolutions comme le témoin de changements plus fondamentaux dans la construction du savoir scientifique, et les étudions dans une perspective compréhensive et prospective.


     Une diversité de thèses

    Nombre d’études font état, chaque année, du nombre de docteurs en management ou de leur insertion professionnelle. Ces études sont menées par les universités ou par des organismes externes, comme la FNEGE ou l’association nationale de la recherche et de la technologie. Pour autant, ces études ne reflètent qu’un instantané et ne rendent donc pas compte des dynamiques de la thèse en management. La thèse n’est dorénavant plus un exercice commun. Il s’agirait davantage de parler de thèses, au pluriel, tant les attendus diffèrent selon l’institution, le format choisi, ou la sous-discipline.

    Cette discussion mérite d’être approfondie, dans un paysage politique et institutionnel qui ne cesse de se transformer. La loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPR) est actuellement sur le devant de la scène nationale et crispe le monde de la recherche français, craignant un recul des libertés académiques, une menace sur les carrières et les accès aux fonctions universitaires. Ces nouveaux défis sont opaques pour le grand public, qui, dans son ensemble, connaît peu le monde universitaire. Quelles sont, effectivement, les transformations à l’œuvre et avec quelle ampleur ?

    Dans le cadre d’un partenariat de recherche avec la FNEGE, lancé en octobre 2020 et pour une durée de deux ans, notre projet vise à rendre visible et accessible la connaissance informelle et implicite sur le travail de thèse, en questionnant le devenir de ce rituel jusqu’à maintenant incontournable. Pour ce faire, nous tentons de répondre à un certain nombre de questions-clés :

    • quels sont les sujets en vogue ?

    • quelle langue de rédaction est privilégiée (anglais ou en français) ?

    • où l’encadrement doctoral et, donc, les doctorants en management se concentrent-ils en France ? Et surtout, quels sont leurs débouchés professionnels, sur plusieurs années ?

    En tant que jeunes docteurs en management, issus de disciplines variées, il nous semble important d’instruire le débat dans notre communauté et au-delà, pour guider les choix politiques en la matière.

    Les derniers jours de la thèse en management ? from FNEGE MEDIAS on Vimeo.

     

    Trois objectifs principaux sont visés :

    • aider les masterants et les jeunes doctorants à y voir plus clair sur la thèse en management ;

    • révéler la diversité des recherches en management, leur ancrage et leurs préoccupations managériales et sociétales ;

    • cartographier l’insertion professionnelle des docteurs en management pour informer sur l’encadrement doctoral au niveau national. L’analyse des métadonnées de près de 3000 thèses en management, soutenues entre 2010 et 2019, permet de faire émerger des tendances et d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexion.


    Trois grandes tendances…

    Langue d’écriture et format du manuscrit de thèse

    En dix ans, le nombre de thèses rédigées en langue anglaise a plus que doublé. Il sera intéressant d’étudier les antécédents qui conduisent à ce choix : décision du doctorant, décision du directeur de thèse, exigences disciplinaires, volonté d’expatriation, parcours académique antérieur, course à la publication scientifique, etc. Les premiers résultats montrent un lien fort entre la langue d’écriture (anglais vs. français) et le format de la thèse (sur essais vs. monographique), suggérant une internationalisation de la démarche doctorale.

    Évolution du nombre de thèses en management rédigées en anglais.


    Sans surprise, un petit nombre d’universités et d’écoles, situées dans les plus grandes métropoles, concentrent l’encadrement doctoral en management.

    Selon l’observatoire des thèses de la FNEGE, sur ces dix dernières années, Paris, Lyon, Marseille, Lille, Grenoble et Montpellier tirent leur épingle du jeu, avec au moins 100 thèses soutenues. De ce fait, on peut se questionner sur les raisons qui permettent à un pôle régional d’émerger, en particulier, au regard du financement de la recherche (dotations publiques, formations, etc.).

    Nombre de thèses en management soutenues entre 2010 et 2019. Fourni par l'auteur


    Caractéristiques de l’encadrement doctoral et impact sur la carrière

    Le directeur de thèse joue un rôle important, voire crucial, dans le marathon de la thèse, mais aussi dans l’orientation professionnelle. Certains travaux ont déjà mis en avant les profils du/des directeur(s) de thèses comme déterminant(s) pour l’insertion professionnelle, en précisant, par exemple, que, lorsque “le statut du directeur de thèse est élevé”, le docteur s’oriente plus facilement vers un premier poste en université. Partant de ce constat, nous nous questionnerons sur les critères pertinents pour caractériser l’encadrement doctoral, en étudiant notamment le rôle joué par la codirection de thèse.

    Évolution du nombre de thèses en management dirigées par deux directeurs ou plus. Fourni par l'auteur


     Quelques pistes de recherche

    Au-delà de l’approfondissement des trois tendances précitées, notre démarche nous conduit à formuler quatre pistes de recherche. Tout d’abord, la question de la place de la qualification aux fonctions de maître de conférences (MCF) dans l’insertion professionnelle des docteurs est lancée : quelle est la part des docteurs qualifiés ? Combien d’entre eux sont en poste, et ce, combien d’années après leur soutenance ? Que deviennent les docteurs non qualifiés ?

    Ensuite, outre l’enjeu de la qualification, les parcours types d’accès aux fonctions d’enseignant-chercheur (MCF, à l’université, ou professeur assistant, en business school) et les profils des docteurs sont tout aussi déterminants : âge, genre, formation initiale, discipline, ancrage avec les préoccupations managériales du moment, encadrement doctoral, laboratoire, université, publications et classement, etc. Puis, la dimension informelle, clé de voûte de la thèse en management et de l’insertion professionnelle des docteurs dans le monde académique, invite à de nouvelles réflexions, d’autant plus que les règles du jeu changent rapidement.

    L’enjeu de notre projet se manifeste à plusieurs niveaux et s’inscrit dans un horizon temporel de long terme : nous ferons état de ses bouleversements et analyserons ses implications, comme ont pu le faire récemment un collectif de sociologues du travail sur le cas des mathématiques. Ainsi, nous espérons contribuer à la réflexion déjà féconde sur la thèse comme support de création de connaissance, mais aussi comme outil d’insertion dans la carrière.

    Ce projet de recherche est soutenu par la FNEGE, les Ateliers de Thésée et Grenoble École de Management.

    Auteurs :
    Hugo Gaillard - Enseignant-chercheur en sciences de gestion à Le Mans Université | Laboratoire ARGUMans
    Albane Grandazzi - Professeur Assistant | Grenoble École de Management (GEM)
    Julien Cloarec - Assistant Professor of Data Science | IAE Lyon School of Management - Université Jean Moulin Lyon 3
    Juliette Senn - Assistant Professor | Montpellier Business School - UGEI

    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

    Inéligibilité des candidats politiques : le juge pénal peut-il trancher à la place des électeurs ?

    En démocratie, toute personne peut-elle, quelles que soient ses idées ou ses actes, se porter candidate à un mandat électif public ?

    La question se trouve aujourd’hui sous le feu roulant de l’actualité dans la mesure où certains ont appelé à rendre inéligible un candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2022 – Eric Zemmour pour ne pas le nommer – en raison d’infractions pénales commises dans le passé ou présumée et en attente de jugement.

    Cette tentation est toutefois loin d’être inédite. Depuis la Révolution de 1789, il est acquis que des règles d’incompatibilité et d’inégibilité permettent de limiter l’accès à certaines fonctions (ministres, magistrats…) ou mandats publics (maires, parlementaires, président de la République…).

    Tandis que l’incompatiblité permet en principe à un candidat satisfaisant aux conditions légales et réglementaires de se présenter à n’importe quelle élection politique mais l’oblige à faire un choix s’il remporte le suffrage entre deux fonctions ou mandats, l’inéligibilité lui interdit de se présenter et l’empêche ainsi d’être élu.

     

     Un moyen d’empêcher une candidature de façon préventive ?

    Alors que les incompatibilités proscrivent par exemple le cumul des mandats présidentiel et parlementaires, l’inéligibilité interdit notamment à ceux qui ne satisfont pas à certaines conditions d’âge et de nationalité ou qui sont privés de leurs droits civiques (droits de vote et d’éligibilité entres autres) de concourir à une élection.

    La déchéance des droits civiques peut notamment résulter de l’application de la loi pénale, puisque celle-ci peut assortir certaines condamnations d’une peine d’inéligibilité.

    La question se pose dès lors de savoir si le législateur peut utiliser la loi pour empêcher de façon préventive certains candidats de se présenter à une élection, en raison de faits qui contreviendraient aux valeurs cardinales de la société que le droit pénal vise justement à protéger.

    Cette question est complexe et amène à différentier plusieurs situations en raison de ce que rendent possibles les engagements internationaux de la France et la Constitution.

     Une mise en examen n’est pas une condamnation définitive

    Il faut tout d’abord distinguer selon que la personne mise en cause a fait l’objet d’une condamnation définitive passée en force de chose jugée ou d’une « simple » mise en examen par le juge pénal.

    Si elle n’est « que » mise en examen, le droit de chacun à la présomption d’innocence prime en effet, en vertu tant de la Constitution que de l’article 6.2 de la Convention européenne des droits de l’Homme.

    Cette solution s’explique dans la mesure où une mise en examen n’est pas une pré-déclaration de culpabilité. D’après l’article 80-1 du Code de procédure pénale, cette mesure ne vise que :

    « les personnes à l’encontre desquelles il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu’elles aient pu participer, comme auteur ou comme complice, à la commission » d’infractions, afin de leur permettre d’exercer ses droits de la défense.


    « Seule une condamnation pénale devenue irrévocable fait disparaître, relativement aux faits qu’elle sanctionne, la présomption d’innocence », rappelle la Cour de cassation. De ce fait le législateur ne peut prévoir de peine d’inéligibilité qu’à l’encontre d’une personne définitivement condamnée, soit parce que les voies de recours sont épuisées, soit parce que les délais pour agir ont expiré.

     L’interdiction des inéligibilités automatiques en matière pénale

    La question devient alors de savoir si le législateur peut prévoir de rendre inéligible les personnes condamnées pour certains faits précis de façon automatique, par exemple des manquements au devoir de probité (corruption passive, prise illégale d’intérêts, concussion…) ou des faits de provocation à la haine raciale.

    La réponse était positive de 1964 à 2010, puisque le Code électoral prévoyait certaines inégibilités de la sorte. De 1995 à 2010, son article L. 7 interdisait par exemple d’inscrire sur les listes électorales les personnes coupables de concussion, corruption, trafic d’influence, favoritisme, prise illégale d’intérêts, détournement de biens, intimidation contre les personnes exerçant une fonction publique, ou de recel d’une de ces infractions.

    La volonté politique du législateur d’empêcher les candidats condamnés pour certaines infractions de se présenter aux élections primait en quelque sorte sur les droits civiques de chacun, au nom d’une certaine conception de l’intérêt général dont les représentants étaient seuls habilités à définir les contours.

    Cette conception des choses a toutefois été remise en cause en 2010 par une décision du juge constitutionnel, sous l’effet conjugué des aspirations des citoyens à être davantage associés à la prise de décision publique et, peut-être surtout, de la dénonciation par les élus de l’excessive judiciarisation de la vie publique.

    Alors que pendant près de 50 ans il était légalement impossible de se présenter à une élection politique si on avait fait l’objet de certaines condamnations, cette solution a finalement été proscrite par la décision n° 2010-6/7 QPC du 11 juin 2010 du Conseil constitutionnel : puisque celle-ci juge les inéligibilités automatiques contraires au principe d’individualisation des peines découlant de l’article 8 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen.

      L'inéligibilité comme sanction pénale complémentaire

    Dire que la loi ne peut plus prévoir d’inéligibilité automatique à la suite de certaines condamnations, ne veut pas dire que toute inéligibilité est impossible en matière pénale. L’article 131-26 2° du code pénal permet en effet au juge de faire de l’inéligibilité une peine complémentaire. Sa durée ne peut alors en principe excéder dix ans en cas de condamnation pour crime et cinq ans en cas de condamnation pour délit.

    Par exception, l’article 131-26-1 permet au juge de porter cette peine d’inéligibilité à « dix ans au plus à l’encontre d’une personne exerçant une fonction de membre du Gouvernement ou un mandat électif public au moment des faits ». L’article 131-26-2 du code pénal impose en outre « le prononcé de la peine complémentaire d’inéligibilité » à l’encontre de toute personne coupable de délits de violence, discrimination, escroqueries, terrorisme, manquements au devoir de probité, fraudes électorales, etc.

    Cette solution est constitutionnelle puisque l’article précise que « la juridiction peut, par une décision spécialement motivée, décider de ne pas prononcer la peine prévue […], en considération des circonstances de l’infraction et de la personnalité de son auteur ».

     Le juge pénal doit-il être un « faiseur de roi » ?

    Ces dispositions posent ainsi la question de savoir qui du juge ou du corps électoral doit arbitrer les qualités des personnes se présentant ou voulant se présenter à une élection politique au niveau national (ou même local).

    En 2004, un ancien premier ministre avait été condamné à un an d’inégibilité en appel contre 10 en première instance. Tandis que les juges du premier degré avaient implicitement estimé qu’il leur revenait de s’opposer à la candidature (que chacun pensait probable à l’époque) de l’intéressé à l’élection présidentielle de 2007 en procédant à une application mécanique de la loi, les juges d’appel avaient, eux, tout aussi implicitement considéré que la décision de l’élire ou non devait revenir aux électeurs.

    En l’état actuel du droit, c’est donc au juge qu’il revient, dans certains cas, de décider, en son âme et conscience, sous réserve de l’exercice par la personne condamnée de ses voies de recours, de la rendre ou non inéligible. Alors qu’en prononçant l’inéligibilité il prive de fait les électeurs de la possibilité de la voir candidater, en s’abstenant de le faire il ménage au contraire leur faculté de choix, à charge pour eux de l’éliminer de la course électorale ou au contraire de l’investir du mandat.

    Derrière cette alternative se ressent la tension qui existe depuis le XIXe siècle entre l’État de droit et la démocratie : tandis que le premier fait du juge un rempart contre les foucades irrationnelles du peuple, la seconde s’en remet à la sagesse – réelle ou supposée – du plus grand nombre pour procéder en raison à un choix éclairé. La démocratie libérale tend traditionnellement à faire converger les deux, en faisant en sorte que le pouvoir trouve sa source dans la volonté du peuple mais que toute volonté du peuple ne puisse se transformer en acte sans le filtre des représentants (système de l’inégibilité automatique)… ou du juge (système de l'inéligibilité sur décision de justice).

      L’impossibilité d’inéligibilités en matière correctionnelle ?

    Une dernière question reste en suspens : serait-il possible de permettre à un juge de rendre inéligible un candidat condamné en matière contraventionnelle (par opposition aux faits délictuels ou criminels) ?

    La question se pose notamment pour les faits d’incitation à la haine raciale qui s’analysent comme un délit lorsque l’incitation est publique) (c’est-à-dire lue ou entendue par différentes personnes sans lien entre elles, par exemple lors d’une émission de télévision) et une contravention lorsqu’elle est privée (c’est-à-dire lue ou entendue par un nombre restreint de personnes liées entre elles, par exemple par la page privée d’un réseau social).

    En l’état actuel du droit, l’article 24 alinéa 5 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse ne prévoit de peine d’inéligibilité que pour les cas d’incitation publique à la haine raciale. Or, il est intéressant de remarquer que l’initiative de Fabien Roussel, le candidat du PCF pour l’élection présidentielle de 2022, en faveur d’un prononcé plus systématique par les juges des peines d’inéligibilité n’entendait pas revenir sur ce point. L’intéressé est en effet à l’origine d’une proposition de résolution à l’Assemblée nationale – dépourvue de portée juridique mais au caractère symbolique politiquement fort – demandant au garde des Sceaux d’inviter les « juridictions à faire preuve de la sévérité nécessaire à l’encontre des hommes et femmes politiques ou de celles et ceux qui sont parties prenantes du débat politique ». S’il voulait ce faisant que les députés incitent les magistrats à appliquer la peine complémentaire d’inéligibilité dans les condamnations de personnalités politiques pour provocation à la haine raciale, les infractions qu’il visait étaient bien de nature délictuelle et non contraventionnelle.

    Le législateur aurait toutefois théoriquement toujours la possibilité de contourner cette difficulté en transformant en délit une contravention.

    Mais rien ne dit que la manœuvre serait validée par le Conseil constitutionnel si elle vise en réalité un seul candidat, car il pourrait y voir un détournement de pouvoir, c’est-à-dire une mesure motivée par un règlement de compte politique plus que par l’intérêt général. Le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti s’est d’ailleurs opposé au vote de la résolution du candidat Roussel au motif que “la politique pénale doit demeurer générale et impersonnelle et ne peut viser nommément X, Y ou… Z”.

    Dans tous les cas, la question reste entière : qui, dans une démocratie libérale, du juge ou du corps électoral doit être l’arbitre de l’incapacité d’un candidat à gouverner ? Le juge ? les électeurs ? Un mélange des deux comme actuellement ? L’élection présidentielle qui s’annonce pourrait être l’occasion pour les candidats de prendre position sur ce sujet sensible qu’il faudra tôt ou tard bien trancher.

     

    Auteur :
    Fabien Bottini
    enseignant-chercheur en droit public à Le Mans Université | Laboratoire de droit Themis-UM (EA 4333)
    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.
    Lire l’article original.

    La validation des acquis de l'expérience, un outil au service de la réorientation professionnelle


    En France, entre 2002 et 2015, un peu plus de 330 000 personnes ont obtenu une certification par le biais de la VAE. Shutterstock

    Un article rédigé par Eric Bidet, enseignant-chercheur à Le Mans Université, laboratoire de gestion ARGUMans, responsable du Master ESS ; Lydie Grudé, ‎référente Validation des Acquis à Le Mans Université, Service Formation Continue ; et Olivier Boned, professeur associé à Le Mans Université, laboratoire ARGUMans

     

    La reconversion ou réorientation professionnelle est une question qui intervient de plus en plus fréquemment dans une trajectoire professionnelle. Entre 2010 et 2015, on estime que 22 % des personnes en emploi ont changé de métier et une enquête d’Odoxa 2017 relève que 85 % des sondés sont favorables à la reconversion professionnelle, quel que soit l’âge ou la catégorie professionnelle interrogée.

    La crise liée à la Covid-19 accentue encore les décisions de réorientation professionnelle d’une part parce qu’elle détruit des emplois de manière irrémédiable dans certains secteurs particulièrement touchés, d’autre part parce qu’elle conduit beaucoup de travailleurs à s’interroger sur leur trajectoire professionnelle et à chercher une nouvelle orientation dans ce que beaucoup résument à une quête de sens.

    Selon l’observatoire de l’OIT, ce sont 255 millions d’ETP (équivalent temps plein) qui ont été détruits en 2020 au niveau mondial du fait de la pandémie. S’engager dans une réorientation professionnelle est une étape difficile, encore plus si c’est une décision contrainte qui fait suite à la perte d’un emploi. Elle peut cependant être rendue plus facile si elle s’inscrit dans une démarche de VAE (validation des acquis de l’expérience).

    La VAE, un dispositif intéressant…

    La VAE, instituée par la loi de modernisation sociale de 2002, est inscrite au code de l’éducation et au Code du travail. Elle représente un mode d’accès à la certification et au diplôme par la reconnaissance de l’expérience professionnelle. La VAE est ouverte à tous sans critères d’âge, de statut (salarié, artisan, bénévole, travailleur indépendant, intérimaire, etc.) ou encore de niveau de formation requis.

    La seule condition, depuis la loi du 5 mars 2014 qui a assoupli les conditions requises et étendu le champ des bénéficiaires potentiels de la VAE, est de justifier d’une année au minimum d’expérience professionnelle présentant un lien direct avec le contenu et le niveau du diplôme visé.

    La VAE permet d’accéder à la certification et au diplôme grâce à la reconnaissance de l’expérience professionnelle. Shutterstock

    La VAE offre des avantages tant pour les entreprises que pour les salariés. Une étude réalisée sur les années qui ont suivi la mise en place de la loi de 2002 a montré que la VAE constituait pour les entreprises un outil pour rendre plus efficace leur politique de gestion du personnel, notamment en matière de recrutement et de mobilité, et pour les salariés un levier pour améliorer l’employabilité, favoriser l’évolution statutaire et la progression de carrière et renforcer la légitimité.

    La recherche souligne que c’est un outil essentiel de sécurisation du parcours professionnel pour des personnes peu qualifiées. Mais la VAE souffre encore d’une méconnaissance de la part des acteurs concernés. Sa réussite se heurte souvent aux difficultés inhérentes à son processus et repose très largement sur la possibilité pour le candidat de bénéficier d’un accompagnement adéquat. Elle est même totalement absente d’une étude portant spécifiquement sur la reconversion professionnelle en économie sociale et solidaire (ESS).

    … mais peu exploité

    En France, entre 2002 et 2015, un peu plus de 330 000 personnes ont obtenu une certification par le biais de la VAE. Après une forte progression entre 2003 et 2009, le nombre de candidats obtenant une certification par la VAE se stabilise désormais autour de 25 à 30 000 par an.

    Les années récentes montrent même un recul du nombre de candidats dans la quasi-totalité des ministères certificateurs même dans des secteurs où elle est plus souvent mobilisée, comme le secteur sanitaire et social où elle représente un des principaux moyens pour continuer ou progresser dans l’emploi du fait de nouvelles exigences réglementaires.

    Une étude estime qu’en 2017, dans un secteur qui rassemble à lui seul 1,146 million de salariés, « moins de 700 salariés du BTP ont obtenu une certification à partir de la validation de leurs expériences ».

    S’agissant de la VAE visant l’obtention d’un diplôme universitaire, depuis 2007, celle-ci concerne environ 4 000 personnes par an qui visent, pour 80 % d’entre elles, l’obtention d’une licence professionnelle (42 %) ou d’un master (39 %). Le master ou le doctorat sont délivrés plus d’une fois sur quatre à des titulaires d’un diplôme de niveau bac +2 et près d’une fois sur six à des personnes qui sont déjà titulaires d’un diplôme de même niveau.

    Chaque année, dans le cadre d’un accord de longue date avec le ministère de l’Éducation nationale, la mutuelle MGEN accueille une vingtaine de personnes issues de ce ministère (enseignants, conseillers pédagogiques, assistants sociaux, personnels administratifs, etc.) qui souhaitent donner une direction nouvelle à leur parcours professionnel.

    Leur motivation ? Pour 75 % des individus interrogés, il s’agit d’une lassitude vis-à-vis de leur métier et/ou du cadre dans lequel il est exercé. Ils ont en moyenne 15 ans d’ancienneté, ils considèrent leur métier comme « passionnant sur le fond mais répétitif dans sa forme ». Ils ont « fait le tour de la fonction » se sont heurtés au « poids de l’institution » et à ce sentiment de « huis clos permanent » qui les enferme dans une fonction de manière définitive, dans « une prison dorée » où ils manquent de reconnaissance.


    La lassitude est la motivation principale de 75 % des professionnels de l’Éducation nationale souhaitant se reconvertir.
    Shutterstock

    Les raisons exprimées sont assez similaires à celles mises en avant dans l’étude de l’Apec sur ce qui pousse des cadres à chercher une reconversion professionnelle dans l’ESS : ils évoquent un environnement professionnel devenu intenable, une évolution de leur entreprise dans laquelle ils ne se reconnaissent plus et l’émergence de nouvelles aspirations professionnelles.

    Un exemple à suivre ?

    Les personnes de l’Éducation nationale qui arrivent à la MGEN y occupent la fonction de « délégué de section départementale », qui est une fonction charnière entre la base militante de la mutuelle (ses administrateurs et ses adhérents) et sa base opérationnelle (ses dirigeants et ses salariés). Détachés de leur corps professionnel d’origine pour une période déterminée, ces « nouveaux délégués » ont des profils et des parcours professionnels divers et sont en activité sur l’ensemble du territoire national, y compris les DROM et les COM. Les enjeux pour eux sont nombreux, notamment en matière de professionnalisation, pour permettre une acculturation réussie.

    Depuis 2016, il leur est proposé de s’engager dès leur arrivée à la MGEN dans une démarche de VAE visant l’obtention du Master Économie sociale et solidaire proposé par Le Mans Université. En l’espace de cinq ans, ce sont environ 130 demandes de VAE qui ont été déposées, dont une trentaine actuellement en cours d’accompagnement. Une analyse de profils réalisée sur un peu plus de 70 stagiaires montre que ce sont pour les deux tiers des femmes et qu’indépendamment du genre, 80 % d’entre eux ont plus de 40 ans et les trois quarts un niveau de diplôme au moins équivalent à la licence, avec une variété de niveaux s’échelonnant du bac au doctorat.

    Les personnes engagées dans ce processus lui reconnaissent une double utilité : il favorise la prise de fonction dans un environnement professionnel totalement différent de celui de l’Éducation nationale et il permet « d’envisager des évolutions de carrière plus tard » au-delà de l’Éducation nationale, « faire une 3e carrière ailleurs » n’est alors plus simplement un rêve, mais devient un projet professionnel réaliste.

    Une première enquête menée auprès d’un échantillon de stagiaires montre que le dispositif est un réel levier dans l’entrée en fonction, un accélérateur de légitimité interne, mais aussi un atout professionnel pour la suite de la carrière. La VAE agit comme un révélateur de compétences acquises et le diplôme obtenu est un certificateur qui favorise les évolutions de carrière au sein de la MGEN et au-delà.

    Dans le parcours professionnel de ces nouveaux délégués, la VAE apparaît bien comme un élément qui accompagne et facilite la réorientation professionnelle en permettant d’endosser rapidement une nouvelle légitimité professionnelle et de mobiliser des compétences acquises dans l’intégralité du parcours professionnel ou militant de chacun.The Conversation

     

    Eric Bidet, enseignant-chercheur à Le Mans Université, laboratoire de gestion ARGUMans, responsable du Master ESS ;
    Lydie Grudé, ‎référente Validation des Acquis à Le Mans Université, Service Formation Continue ;
    Olivier Boned, professeur associé à Le Mans Université, laboratoire ARGUMans.

    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

    Le sport à domicile, une pratique qui ne date pas d’hier

    Le sport à domicile, une pratique qui ne date pas d’hier

    Depuis les débuts de l’épidémie de Covid-19, les exhortations à se livrer quotidiennement à l’exercice physique sont pléthores. Elles proviennent des institutions publiques, mais aussi des collectivités locales. Dès le mois de mars 2020 le Ministère des Sports met à la disposition du grand public un ensemble de ressources pour « faire du sport à la maison ». En avril, il franchit un nouveau pas en lançant sa propre application : BougezChezVous.fr.

     

    La pandémie a intensifié la pratique du sport à domicile. Pexels, CC BY

    Ces incitations sont également portées par les différents acteurs du marché de la santé et de la forme. « coronavirus. Bougez chez vous malgré le confinement : la folie du sport à la maison », peut-on lire chez Ouest-France le 21 mars 2020. Les différents médias ne sont pas en reste d’ailleurs, qu’ils soient spécialisés ou non. Conseils nutritionnels et séances d’exercices physiques, schémas ou vidéos à l’appui, viennent ponctuer ou clore les articles consacrés aux conséquences du confinement.

    Sur les sites Internet des médias concernés, on se fend cette fois de vidéos. Pour reprendre le cas de Ouest-France, ce sont près de 24 séances qui sont ainsi offertes au grand public dans une série intitulée « Bougez chez vous » qui court sur les mois d’avril et de mai 2020. Difficile donc voire impossible d’échapper à cette lame de fond du sport à domicile que les confinements successifs ont conforté sur sa lancée.

    L’enquête INJEP parue en février 2021 montre ainsi que la pratique sportive à domicile est passée de 24 à 47 % lors du premier confinement. Partant de là, on peut s’interroger sur les caractéristiques de ce phénomène et ce qu’il révèle de notre société ? Enfin, qu’est-ce que l’histoire du corps et du sport peut nous enseigner à ce sujet ?

     La sportivisation des espaces du quotidien

    Premier constat, le confinement révèle tout comme il accélère un processus complexe déjà à l’œuvre : la sportivisation des espaces du quotidien. « Chez soi », « à domicile » : voilà le nouveau lieu de pratique qui s’impose. Fini le temps où le sport s’enfermait dans des gymnases, stades, salles de remise en forme. Agrès, appareils de musculations investissent largement le domicile. Sur l’année 2020, l’enseigne Go Sport a vu ainsi ses ventes d’haltères augmenter de 160 %, de tapis de sol de 112 % et de machines de fitness de 90 %.

    Ce phénomène ne s’arrête pas d’ailleurs au fait de consacrer une pièce de vie, ou son jardin, à l’entraînement physique. Le sport s’immisce dans toutes les pièces, particulièrement dans le cas des appartements à la superficie restreinte. Le salon, aux dimensions souvent plus confortables, est un emplacement privilégié, mais non limitatif. Cuisine et chambres sont également colonisées. Le moindre espace peut se révéler finalement propice à un certain type d’exercices, par exemple un escalier. Il est tout aussi instructif d’observer comment le mobilier est détourné pour servir de support à l’entraînement physique. Chaises, canapé, mais aussi objets divers et variés comme les packs d’eau, se transforment en appareils de renforcement ou en agrès.

     Une éducation sportive 2.0

    Le coaching sportif s’inscrit dans cette évolution, qu’il se déroule en présentiel ou en distanciel. Le confinement a eu pour effet de le démocratiser. Par ailleurs, nombre de clubs sportifs ont mis en place des séances d’entraînement en visioconférence durant les confinements successifs. Des géants du numérique tels qu’Apple, avec son programme « Fitness + » ou Amazon se sont saisis du phénomène. Outre-Atlantique, l’application Peloton s’impose comme un des leaders du marché du « sport connecté ».

    Entraînement, mais aussi performances se déploient à domicile. Le 18 mars 2020, Elisha Nochomovitz réalise ainsi en 6 heures et 48 minutes un marathon sur son balcon de sept mètres de long sur un de large.

    Les défis sportifs et autres challenges physiques, individuels ou collectifs, accompagnent cette évolution par le truchement des téléphones mobiles qui les publicisent largement. Les clubs sportifs s’efforcent de jouer sur cette corde afin de maintenir la motivation de leurs adhérents tout en tentant d’impliquer leurs proches avec « des défis famille ».

    Comme on a pu l’entrevoir, les réseaux sociaux participent pleinement de ce phénomène. Profitant de ce contexte, ils médiatisent largement les youtubeurs fitness, comme Tibo InShape avec ses 1,6 million d’abonnés, qui opèrent une véritable éducation au sport et à la santé.

    Conséquence de cette mobilisation, le néophyte découvre tout un vocabulaire chargé d’anglicismes (dips, burpee, moutain climber, jumping jack…), jusque là réservé aux professionnels, mais également la physiologie de l’exercice, la biomécanique.

    Il est également confronté à l’exposition massive de corps surentraînés, ce qui vient renforcer la norme de la musculature saillante pour les hommes comme pour les femmes, pour les jeunes et les moins jeunes. Phénomène à dimension internationale, les personnes âgées ont, elles aussi, leurs modèles comme Wang Deshun, mannequin au physique athlétique âgé de 80 ans, ou Jim Arrington, qualifié de « plus vieux bodybuilder du monde ».

    Un révélateur de la montée de l’individu et de l’apparence

    Ce tableau étant dressé, quels enseignements peut-on en tirer, à la lumière notamment de l’histoire ? Il nous semble ainsi que la Covid-19, avec ses inséparables confinements, vient si ce n’est catalyser tout au moins mettre au premier plan des tendances qui ne font que monter en puissance depuis près de deux siècles. D’une façon générale, l’affirmation du sport chez soi, pour soi, souligne la « montée de l’individu » (Gauchet, 1985). Il illustre, notamment, le processus de personnalisation qui se déploie de plus en plus rapidement.

    De fait, l’individu revisite les sports pour les adapter à son espace de vie tout comme il adapte cet espace à ses envies, ses besoins. Ce faisant, il participe au renouvellement et à la diversification des pratiques physiques. Par ailleurs, le confinement met sous le feu des projecteurs l’importance grandissante accordée au corps et à l’apparence. La quête de soi et de reconnaissance, propre à la « société des individus », va de pair avec l’investissement croissant de la sphère privée, mais aussi de la sphère corporelle.

    Le sport à domicile devient dès lors le prétexte à une mise en scène de soi rendue possible par une habitation interconnectée avec le monde et pensée comme telle. Une sportive médiatisée qui publicise l’espace intime, illustrant la tendance croissante à l’extimité, entendu comme le désir qui « nous incite à montrer certains aspects de notre soi intime pour les faire valider par les autres, afin qu’ils prennent une valeur plus grande à nos propres yeux ».

     Un précédent : « la gymnastique de chambre »

    Pourtant, l’idée de pratiquer le sport à domicile ne date pas de 2020. Elle prend sa source au XIXe siècle, alors que sports et gymnastiques se diffusent massivement et que se dessinent les premières politiques de santé publique organisée par l’État. L’argument sanitaire, déjà motivé par les épidémies, ouvre en effet les foyers aux nouvelles pratiques d’hygiène. Se déploie alors une littérature spécialisée destinée à faire pénétrer l’exercice physique dans tous les foyers. À cette occasion, on plaide en faveur d’une « gymnastique de chambre ».

    En France, un de tous premiers ouvrages sur le sujet paraît en 1856 sous la plume du Dr. Schreber. Au tournant du XIXe siècle, se distinguent sur ce créneau les médecins culturistes et sportifs. Mais, face aux ravages de la tuberculose et aux conséquences sanitaires de la guerre de 1914, la grande presse s’empare également du sujet. L’entre-deux-guerres voit les conseils pour organiser une pratique physique et sportive à domicile se démultiplier. L’heure est cependant au retour à la nature.

    Si la pratique en « chambre » n’est pas délaissée, loin de là, le jardin privatif devient le lieu privilégié d’entraînement sportif.

     

    revue L’éducation physique, n°1 janvier 1927, p. 40. Archives personnelles.

     

    En 1931, le Dr Gaston Durville détaille la façon d’aménager dans son jardin un « stade chez soi » de 4m2.

    La radio n’est pas en reste, diffusant journellement des cours de culture physique. Plus proche de nous, grâce à une émission de télévision comme Gym Tonic, en septembre 1982, l’aérobic investit les salons chaque dimanche matin.

    Le sport à domicile n’est donc pas le fruit impromptu d’une rencontre entre les confinements liés à la Covid-19 et les réseaux sociaux. Son enracinement progressif dans le quotidien des Français est étroitement lié à l’essor de la culture de masse : presse, radio, télévision, ordinateur, téléphone s’en font au fil du temps les catalyseurs.

    Si diverses motivations président à l’essor du sport à domicile, l’argument sanitaire est une permanence, porté par les pandémies, comme jadis la tuberculose ou la grippe espagnole, et aujourd’hui la Covid-19. Renforcer ses immunités par l’exercice physique et sportif est déjà une préoccupation centrale entre les deux guerres. Mais on ne saurait également minimiser le rôle identitaire prêté à cette pratique physique at home, et ce dès le XIXe siècle. Le foyer devient un lieu de développement de soi et de réalisation. De plus, avec ses interconnexions, il fonctionne de plus en plus comme un espace total, protecteur et ouvert à la fois. On peut d’ailleurs y voir une des raisons de l’exode urbain qui se dessine actuellement : celle de pouvoir bénéficier d’un espace approprié, en termes notamment de surface, à de tels enjeux.

     

    Auteur :
    Sylvain Villaret, enseignant-chercheur en histoire à Le Mans Université, laboratoire Temps, Monde, Sociétés (TEMOS - UMR CNRS 9016)
    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

    Les micro-algues, des oméga-3 à cultiver

    Indispensables à notre organisme, les oméga-3 nous sont apportés par l’alimentation. Habituellement, on les puise dans des noix, des huiles végétales et surtout des poissons gras.

    Depuis quelques années, cependant, les recherches ont mis en avant leur présence à des taux élevés dans des algues microscopiques. De là est venue l’idée de les cultiver pour les intégrer à nos apports alimentaires. Dans cette perspective, le rendement des microalgues est particulièrement intéressant. Il est en effet plusieurs dizaines de fois supérieur à celui des cultures d’oléagineux traditionnelles.

     

    Des microalgues appartenant au genre Pavlova. CSIRO / Wikimedia Commons, CC BY-SA

    Les oméga-3, des composés aux rôles variés

    Unités de base des lipides, les acides gras dont font partie les oméga-3 nous sont donc apportés par l’alimentation : l’huile de foie de morue constitue l’une des meilleures sources.

    Ces acides gras sont dits « saturés » ou « insaturés », selon la nature des liaisons chimiques de leur chaîne carbonée. Les premiers ont la particularité d’avoir des atomes de carbone qui sont liés chacun au maximum d’atomes d’hydrogène possible, tandis que les seconds se caractérisent par la présence de doubles liaisons carbone-carbone.

    Par ailleurs, on parle d’acides gras mono-insaturés s’il n’y a qu’une seule double liaison, et de polyinsaturés quand il y en a plusieurs. Et l’on y distingue différentes familles selon la position de la première double liaison (repérée en partant du groupe méthyle, soit CH3) : c’est de là que viennent les noms d’acides gras oméga-3, ou 6, ou 7, ou 9.

    Principaux constituants de la membrane cellulaire, les acides gras dont font partie les oméga-3 limitent le passage de l’eau et contrôlent de nombreuses fonctions cellulaires : absorption ou sécrétion d’ions et de petites molécules, protection contre le milieu extérieur, communication avec les cellules voisines, etc.

    On peut aussi en tirer de l’énergie s’ils sont mis en réserve : on les retrouve ainsi dans les cellules du tissu adipeux chez les animaux, et dans un ensemble de membranes biologiques essentielles chez les végétaux – comme celles constituant les thylacoïdes, l’endroit où se produit la réaction lumineuse de la photosynthèse, au sein des chloroplastes, les « usines à photosynthèse » des plantes.

    Enfin, au-delà des besoins physiologiques, certains acides gras pourraient diminuer le risque d’agrégation plaquettaire.

    Leur rôle – en particulier celui des oméga-3 – est par ailleurs évoqué dans la prévention des maladies cardio-vasculaires, mais aussi dans celle du diabète, de l’obésité, des cancers…

     

    La piste des microalgues

    La microalgue Odontella aurita. Richard A. Ingebrigtsen,University de Tromsø/ Wikimedia, CC BY-SAPrésents à des taux conséquents dans certaines huiles végétales (noix, colza, soja, lin, etc.), les oméga-3 se trouvent aussi en abondance dans la chair de sardines, thons, harengs, maquereaux et autres poissons bleus. Et pour cause : ces animaux se situent au sommet d’une chaîne alimentaire dont la base est constituée de microalgues, qui synthétisent des oméga-3 en grandes quantités.

     

    Au sein de l’équipe MMS (Mer, Molécules, Santé), notre laboratoire s’est intéressé à l’une de ces microalgues : une diatomée portant le nom d’Odontella aurita. Présente en milieu naturel dans la zone côtière, elle est cultivée depuis plusieurs années dans la baie de Bourgneuf, dans des bassins ouverts.

     

    Après avoir déterminé ses conditions optimales de culture, pour favoriser la production d’oméga-3 et plus particulièrement celle de l’EPA (acide écosapentanéoïque), nous avons mis en évidence ses effets bénéfiques sur des rats obèses, à travers une réduction de la glycémie et des taux de lipides plasmatiques. Des études comparatives ont ensuite été menées avec des huiles de poisson et de l’huile d’argan, pour en explorer l’effet sur l’agrégation plaquettaire et les maladies cardio-vasculaires.

    D’autres cultures de microalgues sont aujourd’hui pratiquées. Citons notamment Pavlova lutheri, à la fois riche en oméga-3 de type EPA et DHA (acide docosahexaénoïque), et très utilisée en écloserie. Ou encore une espèce abondamment produite aux États-Unis, très riche en DHA : Cryptochodinium cohnii. Enfin, ajoutons que dans la région de Bordeaux, une entreprise a mis sur le marché une première huile algale – la « DHA350 » (350 mg d’oméga-3 de type DHA par gramme d’huile), tout en annonçant la production prochaine d’une seconde huile algale, la DHA550, encore plus riche en oméga-3.

     

    Intéressantes à plus d’un titre

    Étant données leurs teneurs élevées en oméga-3, et en particulier en DHA et en EPA, les microalgues se révèlent particulièrement intéressantes s’agissant de leur rendement : pour une même unité de surface, il peut s’avérer 30 fois supérieur à celui de cultures traditionnelles d’oléagineux.

    D’un autre côté, les microalgues pourraient avantageusement remplacer les huiles de poisson riches en oméga-3 que l’on utilise actuellement comme compléments alimentaires (huile de saumon ou de thon en gélules). Ces dernières, en effet, ne sont pas dépourvues d’odeurs et sont par ailleurs instables. Sans compter que les stocks de poissons tendent à s’épuiser, tout en étant potentiellement contaminés par divers polluants comme les métaux.

    On le voit, les huiles de microalgues riches en acides gras polyinsaturés et obtenues dans des conditions bien contrôlées sont promises à un riche avenir. D’autant qu’elles ne présentent pas seulement un intérêt nutritionnel…

     

    Les autres applications des microalgues

    En aquaculture, des microalgues (Isochrysis galbana, Pavlova lutheri…) sont d’ores et déjà cultivées pour nourrir les juvéniles de bivalves (huîtres, coquilles saint Jacques, palourdes, etc.) dans les écloseries. On les retrouve également dans un certain nombre de produits cosmétiques.

    Mais l’espoir principal en ce qui concerne les microalgues réside dans la production de biocarburants renouvelables à partir de leurs lipides. Bien des arguments plaident en faveur de ces biocarburants. D’abord, une faible emprise au sol (ou sur les ressources en eau), car les surfaces nécessaires à leur culture sont limitées. Ensuite, l’absence de concurrence avec les productions agricoles, et la possibilité de recycler le dioxyde de carbone rejeté par les usines et les centrales thermiques, à travers la photosynthèse.

     

    Une stagiaire du National Renewable Energy Laboratory prélève des échantillons d’algues cultivées dans des bassins ouverts, dans la serre du Field Test Laboratory Building. Département de l’Énergie/Gouvernement des États-Unis

     

    Toutefois, si l’on est actuellement capable de produire du biodiesel de microalgues à petite échelle, il reste encore à optimiser les procédés pour lancer des programmes de production à grande échelle. Pour l’heure, la production de biocarburants à partir de microalgues n’est toutefois pas rentable, eu égard au prix du baril de pétrole brut. Dans les faits, une dizaine d’années sera sans doute nécessaire pour aboutir à des productions rentables et suffisantes pour alimenter le parc automobile. Et le développement des véhicules électriques risque bien de retarder voire de bloquer ce genre de projets.

    Reste qu’il ne s’agit pas de négliger la production, à partir de microalgues, d’oméga-3 à usages multiples et à haute valeur ajoutée…

     

    À lire aussi :
    Acides gras « trans » limités par l’UE : que se passe-t-il au niveau moléculaire pour qu’ils soient nocifs ?

    Oméga-3 : ce qu’il faut manger, ce qu’il faut savoir

     

    Auteurs :
    Gérard Tremblin, enseignant-chercheur en biologie végétale à Le Mans Université, laboratoire Mer, Molécules, Santé (MMS - EA 2160), et Brigitte Veidl ingénieure d'études à Le Mans Université.

    Cet article est republié à partir de  The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

    Orelsan, une nouvelle leçon de « hip-hop management »

    Après avoir « lâché » 24 heures plus tôt le morceau intitulé L’odeur de l’essence, Monsieur Aurél’ (OrelSan en japonais) nous livre, le 19 novembre, son dernier « grand cru » intitulé Civilisation. Dans ce quatrième album, le rappeur normand de 39 ans aborde les grands challenges de notre société de façon chirurgicale, et avec un cynisme va qui certainement (encore) susciter des réactions épidermiques. L’œuvre est un témoignage nouveau du dialogue nécessaire entre cet objet de recherche longtemps marginalisé, utilisé ou survolé, et nos théories managériales.

    Introduction au Hip-Hop Management, 2014, par Jean-Philippe Denis. Editions EMS 

    Mis au jour à la fin 2014 par Jean-Philippe Denis, professeur des universités en sciences de gestion à l’Université Paris-Saclay, le Hip-hop Management est un concept qui repose notamment sur trois concepts forts que sont l’exemplarité, le mimétisme et le calcul. Directement inspiré d’observations sur le temps long des acteurs du hip-hop (entendu dans une acception large, de l’ancien patron d’Apple Steve Jobs jusqu’à Eminem en passant par Jay-Z), l’auteur élabore une critique forte des concepts traditionnels de management, à l’appui de ces trois comportements stratégiques fondamentaux.

     Orelsan, seul contre tous ?

    En s’inspirant directement de cette idée selon laquelle cette industrie du hip-hop est à la fois le témoin de grandes évolutions sectorielles, le laboratoire d’innovations managériales et le terreau d’une critique radicale du management business as usual, nous avions pris le sillon de cet ouvrage pour nous intéresser aux stratégies marketing de rappeurs comme PNL ou Jul, ou encore pour étudier les stratégies relationnelles de rappeurs tels que Fianso (à paraître).

     

    Dans le monde du rap, le rappeur détonne. Son style est reconnaissable entre mille, tout comme son positionnement récurrent en « victime », loin des clichés à la testostérone qui ont la peau dure lorsque des non-initiés parlent d’un genre musical qu’ils connaissent peu. Culture jap’ assumée, cynisme, second degré (voire plus), critique de son propre art : l’artiste est un individu complexe et le mimétisme n’est pas sa plus grande caractéristique.

    Son univers reste difficile à saisir en première lecture, comme d’autres avant lui, et certains le placent d’ailleurs « dans lignée de Renaud ou Brassens » ». L’auditeur plus âgé lui, verra peut être avec le morceau La Quête, un clin d’œil à Jacques Brel qui chantait un titre du même nom. Une autre forme de mimétisme ?

    Son origine géographique caennaise aussi détonne, car Orelsan n’est pas issu des grands ensembles périurbains comme nombre de rappeurs à succès. Il l’assume d’ailleurs ouvertement en se présentant comme le « plus connu de sa ville avec Guillaume le Conquérant » (Casseur Flotteurs Infinity). Il la revendique même : au lendemain de la sortie de Civilisation, le Normand a ainsi fêté la sortie de l’album avec les supporters du club de Caen, qui évolue en Ligue 2, au stade Michel-D’Ornano. Qui lui ont bien rendu l’hommage : après une triste défaite (0-1) face au Paris FC, les tribunes ont entonné un titre du rappeur en détournant les paroles :

     

    Un épisode dans la lignée de cette authenticité que nous avions déjà observée chez le rappeur Jul par exemple.

    S’il rappe le quotidien et l’inavoué (« Les choses que j’ose dire à personne sont les mêmes qui remplissent des salles », La Quête), cela n’empêche pas le rappeur de se positionner au sein du rap game, en citant (et ce sont les seuls cités dans l’ensemble de l’album) les rappeurs du groupe PNL (« Soirée karaoké, je chante “Au DD”, Ademo, c’est ma sœur », Seul avec du monde autour). Ainsi, il se place de façon surprenante en fan de ce groupe discret qui a pour caractéristique principale de ne nouer aucune collaboration en dehors des Tarterêts, leur quartier d’origine dans l’Essonne.

     Gestion des attentes et buzz strategy

    Sur la méthode du succès, Aurélien Cotentin (de son vrai nom) n’est pas en reste. C’est un modèle de gestion des attentes et de stratégie de buzz qu’il nous propose ici. Après avoir fait monter la température avec la sortie d’un reportage sur Amazon Prime Video intitulé Montre jamais ça à personne et quatre ans après son dernier album, il ravive le lien affectif avec sa fanbase, ce qui n’est pas sans rappeler la stratégie de rareté du groupe PNL.

    Ce faisant, il élargit également fortement son audience, avec une stratégie de rebond intrafamiliale. Le reportage est l’occasion pour les fans d’ouvrir le monde de leur rappeur préféré à leur famille, tournant ainsi un peu plus la page de son procès pour incitation à la violence envers les femmes dans lequel il a été relaxé en 2016.

    On y découvre ainsi le rappeur en train de se lancer, d’amorcer sa carrière et de devenir celui que l’on connaît, entre amitiés, doutes, problèmes du quotidien et jobs alimentaires. Après ce coup de polish documentaire de la mi-octobre 2021, il rend disponible son premier extrait L’odeur de l’essence qui atteindra en huit heures le million de vues sur YouTube, et les 4 millions au cœur du week-end.

    Le morceau est cinglant, et le clip apocalyptique fait écho à un style dont l’artiste est coutumier (voir par exemple Suicide social, sorti en 2013). Il entraîne l’auditeur dans une noirceur profonde qui embrasse de vastes sujets : ravages de l’extrémisme politique, désillusion démocratique, capitalisme débridé, dérives médiatiques, idéologies woke et cancel culture, pensée binaire et rejet de la pensée complexe, système éducatif fragilisé, collapsologie et changement climatique. Le constat est radical, les mots sont tranchants et le morceau place l’auditeur dans « un avion qui va droit vers le CRASH ».

     

    Cette fin soudaine du morceau renforce les attentes autour de l’album dont la sortie est prévue le lendemain même. Des premières écoutes arrivent chez les observateurs avisés (ci-dessus chez le journaliste spécialisé hip-hop Olivier Cachin), et la rumeur se répand d’une œuvre singulière et majeure pour l’artiste.

    La crainte de l’échec commercial était déjà largement réduite car l’album Civilisation a été certifié disque d’or en précommande, avant sa sortie. L’essai sera rapidement transformé puisque les albums en éditions limitées s’échangent déjà à prix d’or. La raison ? L’album, qui compte 15 morceaux, est commercialisé en 15 versions différentes, une par chanson, dont certaines sont limitées à quelques centaines d’exemplaires.

     

     Une critique du management ?

    L’exercice auquel se livre l’auteur dans ses textes est quasi-anthropologique. Ce diplômé de Master à l’EM Normandie (à l’époque Sud Europe), réserve une place importante bien qu’elle ne soit pas centrale à la critique du travail et des modes de management. En dressant un constat radical et noir, il confronte à l’occasion la pensée et les pratiques managériales, et les met à l’épreuve de l’Anthropocène.

    Il aborde par exemple les données personnelles et leur usage par les GAFAM (« que d’la data pour les GAFA, bâtard t’es rien qu’une donnée », Civilisation), même s’il s’arrête au constat. Le morceau Manifeste lui, fait l’archéologie d’un dialogue social à bout de souffle. Plongé au cœur d’une manifestation, le narrateur se retrouve dans un monde qu’il ne comprend pas, où des revendications hétérogènes s’entrechoquent sans convergence ni régulation interne. L’affaiblissement des corps intermédiaires est ici disséqué, et lorsque la situation s’envenime, l’importance de ces corps de régulation et de représentation (syndicats, partis politiques, etc.) pour éviter l’implosion sociale est mise au jour.

    Concernant le travail, Orelsan évoque aussi l’augmentation contemporaine de la charge de travail et le surmenage (« Génération burn-out, sous pression, courir après des chimères de perfection », Rêve mieux), mais sa formule interroge. Le burn-out est-il un phénomène générationnel ? Est-ce un mal contemporain, ou un mal historique reconnu récemment ? Le concept même de génération a-t-il du sens ?

    Même question plus loin, avec la fin de la Génération Z (« Génération Z, parce que la dernière », L’odeur de l’essence). Est-ce ici une critique de l’approche générationnelle, telles que d’autres ont pu exister ? Classer les individus selon leur vécu sociologique commun et leur attribuer synthétiquement un corpus d’attentes personnelles et professionnelles ? La réponse semble ici dans l’œuvre elle-même : du haut de ses 39 ans, Orelsan n’appartient évidemment pas à cette génération Z (personnes nées après 1995) et pourtant, il semble s’y identifier.

     Quel devenir pour le Hip-hop Management ?

    Après ce nouveau récit qui illustre la richesse de l’industrie du rap, plusieurs axes de recherche s’ouvrent légitimement, pour poursuivre la structuration théorique du champ du Hip-hop Management. Les stratégies de visibilité, la gestion des attentes ou encore les stratégies relationnelles sont des points d’intérêt déjà identifiés. Parmi ces stratégies relationnelles, les effets de l’appropriation des marques par les rappeurs sont particulièrement intéressants (Moha la Squale et Lacoste par exemple), et retiennent notre attention depuis quelques années.

    Ce que nous apprend ici Orelsan, c’est que le rap est aussi un terrain aux pratiques nouvelles qui peuvent éclairer nos théories classiques (souvent construites ailleurs et pour d’autres contextes) et accompagner leur nécessaire recontextualisation. Ainsi, il s’agit peut-être tout particulièrement d’un terrain réflexif pour les chercheurs en management qui ne se positionnent pas seulement dans une perspective d’aspiration des best practices dans un contexte donné.

    Il y aurait certainement à élaborer avec cette industrie notamment, des théories et des pratiques managériales en phase avec l’époque, et connectées au réel. Plus fondamentalement encore, la substance du Hip-hop Management est-elle dans le comportement des acteurs, dans leurs discours, ou dans leur œuvre ? L’idée d’une analyse textuelle des textes de rap paraît séduisante, mais risque de produire des résultats superficiels. La mission peut ainsi paraître complexe, et heureusement Orelsan nous nous rappelle que « ce qui compte c’est pas l’arrivée, c’est la Quête » (La Quête).

     

    Auteurs :
    Hugo Gaillard - Enseignant chercheur en sciences de gestion et chargé de cours en GRH à Le Mans Université | Laboratoire ARGUMans
    Tarik Chakor - Maître de conférences en sciences de gestion, Aix-Marseille Université (AMU)

    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

    Production renouvelable d’hydrogène par les microalgues : révolution ou utopie ?

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    Après l’ère des combustibles fossiles (pétrole et gaz naturel) qui génèrent de nombreux problèmes environnementaux, la période à venir sera-t-elle celle de l’hydrogène ? Son intérêt réside dans sa capacité à produire de l’électricité, de l’eau et de la chaleur lorsqu’il se combine à l’oxygène dans une pile à combustible : un dispositif reposant sur l’oxydation de l’hydrogène et la réduction de l’oxygène au niveau de deux électrodes, le déplacement des électrons entre celles-ci génère de l’électricité.

    Culture de microalgues. CSIRO, CC BY-SA

     

    L’hydrogène peut facilement être obtenu par électrolyse de l’eau (séparation de ses deux composants dioxygène et dihydrogène grâce à un courant électrique) mais cette méthode n’est pas encore économiquement très rentable, car elle consomme beaucoup d’électricité à prix élevé que l’on doit produire par ailleurs ; un couplage avec des éoliennes pourrait être une solution. Actuellement, l’hydrogène est principalement produit à partir de composés organiques comme le gaz naturel par reformage (réaction chimique au cours de laquelle la chaleur casse les molécules carbonées pour en libérer l’hydrogène), le charbon par gazéification (transformation thermique et chimique d’un solide en gaz) ou la biomasse par fermentation, ces procédés rejetant beaucoup de CO2.

    Comment faire ?

    Les plantes savent dissocier les deux composants de l’eau. Un vieux projet de production d’hydrogène revient sur le devant de la scène : il s’inspire de la photosynthèse qui se déroule en permanence à la lumière dans les feuilles des plantes.

    Schéma de fonctionnement de la photosynthèse. G. Tremblin, B. Veidl, Author provided


    La photosynthèse entraîne la scission de l’eau H2O en ses deux composants : le dioxygène O2 et les deux protons H+ : C’est la photolyse. Chez les plantes, le pouvoir réducteur des protons permet d’activer la voie de synthèse de composés organiques principalement l’amidon.

     

    Schéma de la production d’hydrogène par photolyse. G. Tremblin, B. Veidl, Author provided


    La stratégie est donc de récupérer ces protons H+ sous forme d’hydrogène moléculaire H2 avant qu’ils ne soient utilisés dans la chaîne photosynthétique des cellules pour produire de la biomasse. On peut alors imaginer des cellules végétales capables de produire de l’hydrogène à partir seulement d’eau et de soleil !

     

    Heureusement, il y a les microalgues !

    Dès 1940, la capacité de microalgues à produire de l’hydrogène dans certaines conditions a été mise en évidence. Cependant, c’est beaucoup plus tard à la fin du vingtième siècle qu’un certain Anastasios Melis, chercheur a l’université de Californie, a expliqué pourquoi ce mécanisme était éphémère : l’enzyme responsable de la conversion des protons H+ en hydrogène appelée hydrogénase, est inhibée par le dioxygène produit par la photosynthèse. Un inhibiteur enzymatique est une substance qui, en se liant à une enzyme en diminue l’activité, soit en se fixant sur le site actif, soit en provoquant une déformation de la protéine enzymatique la rendant inactive.

    Comment résoudre ce problème d’inhibition ? Plusieurs démarches sont entreprises par les équipes de recherche engagées sur cette thématique :

    La première approche consiste à rendre les hydrogénases insensibles au dioxygène. Une autre démarche se base sur la flexibilité métabolique des microalgues qui présentent, dans certaines conditions, en particulier lorsqu’on les carence en soufre, une capacité à orienter leur métabolisme photosynthétique vers la production d’hydrogène.

    Par ailleurs, il a récemment été montré que des microalgues encapsulées dans des gouttelettes étaient capables de produire de l’hydrogène en absence d’oxygène. Toutefois, la stabilité de ces microréacteurs reste limitée à quelques jours de fonctionnement. Deux équipes de Le Mans Université, le Laboratoire « Mer Molécules Santé » (MMS) et l’Institut des Molécules et Matériaux du Mans (IMMM) ont initié un travail visant à encapsuler des microalgues et des cyanobactéries (bactéries photosynthétiques, les plus connues étant les spirulines, voir notre article paru dans The Conversation) dans des hydrogels en vue de créer des microbioréacteurs solides capables de produire de l’hydrogène sur une longue période.

    D’autre part, les spécialistes des photo-bioréacteurs (dispositifs permettant de cultiver à la lumière des microorganismes photosynthétiques dans un milieu de culture) du GEPEA (Laboratoire de Génie des procédés pour les écotechnologies et les bioressources) travaillent actuellement sur un processus en deux étapes. Lors de la première étape, les microalgues sont cultivées dans un milieu de culture carencé en azote et produisent de la biomasse riche en amidon. La seconde étape favorise la production de l’hydrogène par les microalgues grâce à une anoxie obtenue en réduisant l’éclairement ce qui favorise la respiration (consommatrice d’oxygène) au détriment de la photosynthèse.

    En Israël, une équipe de chercheurs a réussi à sélectionner des mutants de microalgues dont l’activité photosynthétique est complètement inhibée à une température de 37 °C. Ils ont conçu le dispositif présenté ci-dessous.

    Schéma de production d’hydrogène à partir de microalgues. G. Tremblin, B. Veidl, Author provided

    Ce photobioréacteur est dit cyclique. Dans une première phase, les microalgues sont cultivées à 25 °C, à la lumière, dans un milieu carencé en soufre et en azote afin de favoriser la synthèse d’amidon et le fonctionnement de l’hydrogénase.

    Elles sont ensuite transférées dans une autre enceinte à 37 °C, la seconde phase commence alors : la photosynthèse de ces microalgues modifiées s’arrête et le milieu devient anoxique ce qui initie la production d’hydrogène.

    L’hydrogène est récupéré par diffusion et les microalgues sont ensuite réorientées vers la phase de production de biomasse. Un autre cycle peut alors démarrer.

    Pour l’instant, quel que soit le dispositif utilisé, le rendement de production d’hydrogène par des microalgues reste malgré tout assez faible.

    Quelles sont les microalgues candidates ?

    Une microalgue verte, Chlamydomonas reinharditii a été retenue comme modèle dans de nombreuses expérimentations car elle possède au niveau de sa chaîne photosynthétique une hydrogénase à fer très active.

    La chlorelle, microalgue verte unicellulaire (Chlorella vulgaris) et la cyanobactérie filamenteuse du genre Anabaena ont été retenues par l’équipe du Mans, car ce sont des modèles dont les caractéristiques sont bien connues et la culture bien maîtrisée au niveau du laboratoire.

    L’hydrogène est maintenant considéré comme une source d’énergie d’avenir non polluante et renouvelable : son utilisation dans les véhicules ne produit pas de CO2 et l’eau formée dans cette réaction retourne dans la biosphère.

    Lorsque les chercheurs auront réussi à obtenir une microalgue possédant une hydrogénase capable de fonctionner sans être inhibée par le dioxygène et avec un rendement suffisant pour produire de l’hydrogène, un processus industriel pourra être développé. Les verrous sont encore nombreux mais les scientifiques s’ingénient à les faire sauter les uns après les autres et dans un avenir que l’on n’espère pas trop lointain, des dispositifs de production à grande échelle pourront voir le jour.

    Ils pourraient prendre l’aspect d’immenses bassins ou mieux de grands photobioréacteurs installés dans des zones désertiques qui permettront de produire de façon renouvelable les énormes quantités de bio hydrogène ou hydrogène vert dont le monde a tant besoin, en n’utilisant que du soleil et de l’eau.

     

     

    Cet article a été écrit avec l'appui de Caroline Gilbert, présidente du groupe de travail Anses « évaluation du risque de morsure par les chiens » et Florence Étoré Adjointe, chef d’unité à l'Anses Direction de l’évaluation des risques (DER).

    Auteurs :
    Gérard Tremblin, enseignant-chercheur en biologie végétale à Le Mans Université, laboratoire Mer, Molécules, Santé (MMS - EA 2160), et Brigitte Veidl ingénieure d'études à Le Mans Université.

    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

    Quels enseignements tirer de l’épidémie de Covid-19 pour nos politiques de santé ?

    La crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 n’est pas encore derrière nous. Il est cependant déjà possible d’en tirer quelques enseignements pour améliorer le devenir de notre système de santé.

    Pour cela, il ne faut pas se contenter de chercher en quoi cette crise vient valider nos analyses antérieures, mais également d’examiner en quoi elle les remet en cause. Il convient également de ne pas imaginer que les crises sanitaires à venir seront en tout point similaires à celle que nous traversons aujourd’hui.

    vladimir fedotov / unsplash. Vladimir Fedotov/Unsplash, CC BY-SA


     Vers un quatrième âge sanitaire ?

    En 1971, l’Américain Abdel Omran introduisait la notion de transition épidémiologique. D’après lui, le processus de modernisation se déroule dans toutes les sociétés en trois « âges » sanitaires :

    • l’âge de la pestilence et de la famine (« Age of pestilence and famine ») : la mortalité est élevée et fluctuante, empêchant ainsi une croissance soutenue de la population. À ce stade, l’espérance de vie moyenne à la naissance est faible et variable, oscillant entre 20 et 40 ans ;

    • l’âge du recul des pandémies (« age of receding pandemics ») : la mortalité diminue progressivement ; cette diminution s’accélère à mesure que les épidémies s’espacent ou disparaissent. L’espérance de vie moyenne à la naissance augmente régulièrement, passant d’environ 30 à environ 50 ans. La croissance démographique, soutenue, commence à suivre une courbe exponentielle ;

    • l’âge des maladies dégénératives et des maladies causées par l’être humain (« age of degenerative and man-made diseases ») : la mortalité poursuit son recul et finit par se stabiliser à un niveau relativement bas. L’espérance de vie moyenne à la naissance augmente progressivement jusqu’à dépasser 50 ans. C’est à ce stade que la fécondité devient le facteur crucial de la croissance démographique (la lutte contre les maladies infectieuses atteint un rendement moindre, et de nouvelles maladies émergent, liées aux modes de vie).

    Selon ce concept, sous l’influence du développement socio-économique, la modernisation des sociétés se traduit par le passage d’une structure de mortalité à dominante infectieuse à une structure de mortalité à dominante chronique et dégénérative.

    La crise que nous connaissons constitue peut-être le début d’un quatrième âge sanitaire, caractérisé par le développement de pandémies et une forte prévalence des pathologies chroniques. La conjonction des deux phénomènes peut avoir des effets catastrophiques lorsque des pathologies chroniques rendent plus vulnérables à une pandémie, comme dans le cas de la Covid-19. Le rapport hebdomadaire de Santé publique France du 29 avril 2021 révélait en effet que 65 % des personnes décédées jusqu’alors étaient porteuses d’au moins une comorbidité.

    À cette conjonction viennent s’ajouter des inégalités sociales. Les plus précaires souffrent en effet davantage de pathologies chroniques, d’où une espérance de vie réduite. Selon les dernières données de l’Insee, l’espérance de vie à la naissance est de 84,4 ans pour les hommes et 88,3 ans pour les femmes parmi les 5 % de foyers les plus aisés. Mais elle chute respectivement à 71,7 ans et 80,0 ans parmi les 5 % les plus modestes (soit 12,7 ans de moins chez les hommes, et 8 ans de moins chez les femmes). Ces derniers sont par ailleurs plus vulnérables face à la pandémie, vivant dans des logements plus petits (d’où une promiscuité accrue), ayant moins la possibilité de recourir au télétravail, etc.

    En somme, les inégalités de santé cristallisent les déterminants sociaux. Si bien qu’avant d’être une question de responsabilité individuelle, la santé relève surtout d’une responsabilité publique.

    Repenser les politiques de santé

    Un tel constat doit nous amener à repenser nos politiques de santé, pour améliorer ses capacités de résilience et d’adaptation. Cela suppose non seulement des mécanismes de financement viables sur le long terme, mais aussi une gouvernance forte capable de piloter le système de manière efficiente. Il faudra en effet être capable, à l’avenir, de mobiliser dans un bref délai des personnels et des équipements dans des configurations inédites, tout en maintenant le suivi de la santé d’une population vieillissante et présentant des comorbidités plus nombreuses.

    Or, la crise sanitaire que nous traversons actuellement aura des impacts majeurs sur le financement de notre système de protection sociale. Les déficits annoncés sont en effet de 30,4 milliards d’euros en 2020 et de 35,8 milliards en 2021. Notre capacité à agir va s’en trouver pénalisée pendant de nombreuses années. Le retour à l’équilibre des comptes sociaux – un objectif qui semblait encore récemment atteignable – parait désormais hors de portée.

    De manière paradoxale, tout ceci pourrait néanmoins faciliter certaines évolutions de notre système de protection sociale. Des réformes importantes, à l’instar de la réforme grand âge et autonomie, ont en effet été repoussées depuis des années faute de financements suffisants. Or ces financements semblent aujourd’hui relativement modestes en regard des déficits annoncés.

     Mieux coordonner les soins

    « Qui dois-je appeler si je souhaite parler à l’Europe ? »

    Cette pique, attribuée à Henri Kissinger (probablement de façon erronée), revient à l’esprit quand on voit combien il a semblé compliqué d’organiser la prise en charge de malades de Covid-19 en dehors de l’hôpital. En effet, si, parmi les problématiques qui devront sans doute être traitées en priorité, l’organisation de la médecine de ville figure en bonne place, on ne peut s’empêcher de se demander : « Quel numéro de téléphone faut-il composer pour appeler la médecine de ville ? »…

    Outre les liens entre médecine de ville et hôpital, ce sont aussi les connexions entre hôpitaux privés et publics qui doivent être renforcées et fluidifiées, pour faciliter une utilisation optimum des ressources.

    De ce point de vue, la mise en place accélérée des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) devrait faciliter la coordination des professionnels et leur participation aux missions d’intérêt général.

    De même, la généralisation des services d’accès aux soins (SAS) devraient permettre d’améliorer la collaboration entre les hôpitaux et la médecine de ville dans la prise en charge des soins non programmés.

    Mettre l’accent sur la prévention

    Les principes essentiels d’une politique de santé publique, et notamment de prévention des maladies chroniques, sont connus : ils ont été repris dans toutes les instances internationales et dans les plans santé qui se sont succédé depuis trente ans. Il s’agit maintenant de les mettre en œuvre.

    Le premier postulat est simple : « la santé dans toutes les politiques ». Éducation, logement, politique de la ville, environnement… Partout, la santé doit être un élément clé. Les citoyens doivent dès lors être associés à la définition et au pilotage des politiques de santé publique, afin d’en améliorer la pertinence et la recevabilité. Ledit pilotage doit être décentralisé, pour être plus proche des réalités de terrain.

    Le second postulat met l’accent sur la prévention, moyen le plus efficace de diminuer la prévalence des maladies chroniques et de freiner la propagation des maladies contagieuses. En soulignant les coûts astronomiques d’un défaut de prévention, la crise liée à l’épidémie de Covid-19 aura eu le mérite de mettre fin au vieux débat sur l’évaluation médico-économique des politiques de prévention.

    En France, la dépense de prévention santé était estimée en 2018 à 1,8 % de la dépense totale de santé. Une part bien inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE (2,8 %), loin derrière le Canada (6 %) et le Royaume-Uni (5,1 %). Or à ce faible montant, s’ajoutent l’absence de modèle d’évaluation financière et médicale, la fragmentation des acteurs, une absence de coordination des actions de prévention, et donc une déperdition des moyens alloués à la prévention.

    Et qui dit prévention dit actions éducatives…

    Kelly Sikkema/Unsplash, CC BY


    Lutter contre l’illettrisme sanitaire

    L’éducation pour la santé doit permettre d’apporter à tous les âges de la vie des connaissances nouvelles et adaptées à chacun, autour des éléments clés que sont l’alimentation, l’activité physique, le maintien du lien social et le contrôle des conduites addictives.

    À cet égard, la crise sanitaire du Covid-19 nous a montré à la fois l’efficacité des mesures de prévention et les dangers d’un « illettrisme sanitaire » propice à la diffusion de fausses informations comme à la propagation des théories complotistes. On a en particulier pu mesurer combien les principes simples d’hygiène, les mécanismes de base de transmission des maladies, mais aussi la vaccination, ne sont pas connus ou compris.

    L’éducation pour la santé a trop souvent pêché par l’utilisation d’un vocabulaire et de références sociales difficilement accessibles aux personnes que l’on cherchait à sensibiliser. Les surréalistes auraient probablement édité une affiche proclamant : « Analphabètes, apprenez à lire ! » Il faut donc impérativement repenser les stratégies de communication, en les adaptant aux différents publics à qui elles sont destinées.

    Vers une approche intégrée de la santé

    Les crises sanitaires récentes ont également montré combien, à mesure que la civilisation humaine s’étend, le risque de pandémie d’origine animale devient plus pressant. Plus nous interagissons avec les animaux, plus nous sommes susceptibles de contracter un virus à partir d’eux.

    D’après une revue de la littérature mise en exergue par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), principale agence fédérale des États-Unis en matière de protection de la santé publique, près de trois quarts des maladies infectieuses émergentes sont des zoonoses, autrement dit des maladies ou infections transmises des animaux à l’homme.

    À lire aussi : Le concept « One Health » doit s’imposer pour permettre l’anticipation des pandémies

    En somme, la lutte contre la déforestation et le trafic d’animaux sauvages constitue désormais un véritable enjeu sanitaire. C’est tout le sens du concept One Health, mouvement créé au début des années 2000 et visant une approche intégrée, systémique et unifiée de la santé publique, animale et environnementale aux échelles locales, nationales et planétaire.

    Repenser notre contrat social

    Au-delà des problématiques liées à l’organisation du système de santé, cette crise est également l’occasion d’une réflexion sur notre contrat social.

    Ce sont en effet les personnes âgées qui ont été les plus gravement touchées par la Covid-19. Mais ce sont les jeunes qui ont le plus souffert des mesures sanitaires, et notamment du confinement et de ses conséquences – qu’il s’agisse du lien social, de leurs études, ou de l’accès à l’emploi.

    Sur ce dernier point, il convient de noter la situation de grande précarité dans laquelle ont été plongés les étudiants ne pouvant plus exercer un « petit boulot », quand dans le même temps les revenus des retraités n’étaient pas impactés. Un condensé de notre contrat social qui fait appel à la solidarité des plus jeunes envers les anciens, alors que ces derniers bénéficient souvent d’un niveau de vie plus important.

    Dans les faits, les débats qui se sont tenus à bas bruit pendant la crise risquent de resurgir de manière plus présente dans les mois ou les années à venir. Qu’ils soient économiques, physiques ou psychologiques, les traumatismes créés par cette crise appellent des mesures fortes. Nous aurons sans doute envie de les oublier. Nous serons peut-être moins sensibles, plus tard, aux thématiques liées à la santé. Pourtant, il faudra agir rapidement…

     

    Auteur :
    Yannick Lucas, enseignant-chercheur en économie - gestion à Le Mans Université, laboratoire ARGUMans,
    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.