Laurent Fontaine : quand l’université devient moteur d’innovation

Et si l'université devenait le laboratoire d'innovation des entreprises du territoire ? C'est le pari que relève un chercheur en polymères avec l’aide d’ingénieurs filières dans le but de faire tomber les murs entre la science et l’industrie.
La science au service de l’impact sociétal
Enseignant-chercheur des polymères à Le Mans Université et directeur d’école doctorale 3MG, Laurent Fontaine est un fervent défenseur du doctorat de l’établissement, qu'il considère comme une formation d'excellence pour la R&D en entreprise. Il porte le LabCom ECCOCAPS, un laboratoire commun entre l'Institut des Molécules et Matériaux du Mans (IMMM – UMR CNRS 6283) et l’entreprise rochelaise Capsulae, spécialisée dans la microencapsulation.
Ce spécialiste des polymères travaille notamment à la bioconjugaison, c’est à dire l’association entre molécules naturelles et synthétiques, il cherche en particulier à réduire l’empreinte environnementale de la microencapsulation, un enjeu majeur pour des secteurs allant de la santé à la cosmétique.
Pour lui, la collaboration avec l’industrie est tout à fait fondamentale, car c’est un puissant stimulant pour les chercheurs : « Les problématiques scientifiques gagnent en effet à être formulées à partir de problématiques industrielles », affirme-t-il. Une « porosité » entre les deux univers permettant de répondre aux grands enjeux de société, en particulier la pollution de l’environnement par les matières plastiques. « Quand on ne sait pas substituer du plastique, il faut en diminuer l’usage, favoriser le recyclage, la réutilisation », explique-t-il. C’est d’ailleurs une partie des travaux du LabCom ECCOCAPS avec Capsulae : « réussir à diminuer l’empreinte environnementale de la microencapsulation ». Le LabCom est soutenu par l’Agence nationale de la recherche, ANR, la région Pays de la Loire accompagné par la SATT Ouest Valorisation.
Une recherche stimulée par le terrain
Ce lien avec l’industrie agit comme un véritable catalyseur pour les équipes de recherche. Il permet d’orienter les travaux vers des applications concrètes, tout en nourrissant la réflexion scientifique de nouveaux questionnements.
Mais naviguer dans cet écosystème complexe, entre appels à projets, partenaires, financements et valorisation, peut vite devenir chronophage pour les chercheurs. C’est ici qu’intervient un acteur clé du dispositif : les ingénieurs filières au sein des directions de recherche des universités.
Prédict : multiplier les projets valorisables
Ce qui lie enseignants-chercheurs et ingénieurs filières aujourd’hui, c’est surtout une même envie, celle de faire sortir la science des laboratoires et d’y faire entrer les problématiques industrielles, en s’appuyant en particulier sur le dispositif Prédict.
Loin d’être un simple guichet administratif, Prédict embarque une équipe de terrain capable d'apporter cette aide nécessaire pour atteindre la preuve de concept (Proof of concept - POC) dans le cadre des appels à projets. Un outil qui est devenu indispensable pour financer les « briques technologiques manquantes », ainsi que de rassurer les chercheurs avant qu'ils ne s'engagent dans la maturation de leurs projets.
Car, comme le souligne de son côté Laurent Fontaine, le paysage de la recherche partenariale souffre parfois de complexité. « Quand on est chercheur, on croule souvent sous les bonnes intentions et les interlocuteurs, sans forcément savoir à quelle porte frapper ».
Dans ce contexte, le rôle des ingénieurs filières s'avère primordial : ils agissent pour les chercheurs comme une boussole afin de simplifier les parcours et préserver leur « temps de cerveau disponible », poursuit Laurent Fontaine. Ils leur offrent surtout la liberté de creuser « leur sillon scientifique et de se projeter sur le long terme », tout en restant connectés aux besoins du marché.
Concrètement, par le biais d'Appels À Projets (AAP), Prédict répond au besoin le plus critique des sciences expérimentales : les moyens humains.
En réunissant aussi autour de la table tous les acteurs clés : enseignants-chercheurs et chercheurs, ingénieurs filière, CNRS, INRAE, INSERM, Atlanpole, SATT Ouest Valorisation, etc. Prédict permet en outre aux projets de monter plus rapidement l'échelle de la maturité technologique (Technology Readiness level).
Ce dispositif qui s’avère être un levier pour transformer l’université en « un réservoir de solutions » accessibles à tous les entrepreneurs du territoire, estime Laurent Fontaine.
Son message aux acteurs économiques et industriels du territoire est très clair et se veut une invitation directe : « Franchissez le seuil de l'université ! ».
Focus sur une ingénieure filière : Anaïs Barou ; la décodeuse du langage industriel
Ingénieure filières « Acoustique et Matériaux » à Le Mans Université, Anaïs Barou assure le lien entre la recherche et les entreprises du territoire notamment les PME. Avec ses collègues, elle facilite les échanges et accompagne la structuration des projets, en articulant enjeux scientifiques et administratifs, afin de permettre aux chercheurs de se concentrer sur leurs travaux. Pour elle, l’innovation repose avant tout sur l’humain et la compréhension mutuelle.
Répartis en quatre domaines (Acoustique, Matériaux, Santé & Environnement, Société & Numérique), les ingénieurs filières de la Direction de la Recherche de Le Mans Université vont à la rencontre des laboratoires pour sensibiliser et accompagner les chercheurs sur la structuration de projets, les collaborations et les financements. « C’est avant tout un travail d’humain », souligne-t-elle, dans son rôle d’interface entre monde académique et industriel.
