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Chaque mercredi à 18h30 sur Radio Alpa 107.3 Le Mans : « 5mn pour comprendre » 

 

Chaque semaine un.e chercheur.e de Le Mans Université apporte son éclairage sur les crises sanitaires au micro de Manon Foucault.

Action menée en lien avec la MJC Jacques Prévert et Radio Alpa.
Ce projet est cofinancé par le Fonds Européen de Développement Régional (F.E.D.E.R)

 

Rediffusions : jeudi 8h32 – vendredi 16h02 – samedi 13h02 – lundi 7h32

Les articles et podcasts

Aux Etats-Unis, la crsie sanitaire renforce-t-elle les inégalités raciales ?

Par Delphine Letort, enseignante-chercheure en études américaines et filmiques, Le Mans Université, laboratoire Langues, Littératures, Linguistique (3LAM - Universités d'Angers et du Mans).

Comment, dans La Peste, Albert Camus ramène l’homme à sa condition d’homme ?

Par Aurélie Palud, enseignante-chercheure en littérature et formatrice en lettres modernes, INSPE.

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Histoire des crises sanitaires en Sarthe

Par Hervé Guillemain, enseignant-chercheur en histoire, Le Mans Université, laboratoire Temps, Mondes, Sociétés (TEMOS - UMR CNRS 9016 ).

La Sarthe d’une épidémie à l’autre


Aux XIXe et XXe siècles, il ne se passe pas de décennie sans grande épidémie dont certaines acquièrent une dimension mondiale, c’est-à-dire pandémique. Toutes sont différentes par leur durée, leur mode de diffusion, le type de malades majoritairement touchés, le taux de mortalité, les modes de prévention et de cure.

La variole qui se diffusait comme le Covid-19 par voie aérienne (postillons, aérosols) débouchait sur une surmortalité énorme - 10% de la population, surtout des jeunes enfants - et a été combattue par la création du principe de vaccination vers 1800 et éradiquée dans les années 1970. Le choléra générait des épidémies plus longues au XIXe siècle à partir de vecteurs différents - les déjections, les sueurs, les eaux souillées - et engendrait un débat scientifique crucial sur la notion même de contagion inter-humaine. Puis vinrent les grippes dont la première à être renseignée et étudiée avec les moyens de la micro biologie est la grippe russe de 1889, qui toucha surtout les personnes âgées et fit un million de morts.


Comme celle du coronavirus portée notamment par les flux aériens, chacune de ces épidémies se greffe sur de nouveaux modes de déplacement des individus. On craignait au milieu du XIXe siècle le choléra des bateaux à l’époque des grands transatlantiques qui charriaient les migrants européens vers le Canada et les Etats-Unis. La diffusion de la grippe espagnole a été favorisée par l’arrivée des soldats américains dans les ports français en 1917.


Intéressantes lorsqu’elles sont observées à l’échelle mondiale, ces épidémies le sont tout autant à l’échelle locale.

Car lorsque l’on regarde la diffusion du Covid-19, on est frappé par la géographie de sa diffusion qui met en évidence les clusters locaux, quelques régions précises du monde et met notamment de côté les régions de l’ouest de la France, comme le montre la carte de déconfinement récemment publiée. On retrouve un peu ce genre de dichotomie lors de la grande épidémie de choléra de 1832 racontée par un médecin du Mans, Etoc-Demazy. Diffusée depuis l’Orient, la Russie et la Pologne, elle gagne tous les pays d’Europe en quelques mois, propagée notamment par les bateaux. En mars 1832, elle arrive en France et déferle sur Paris, tuant le président du Conseil de l’époque, Casimir Périer. L’enquête sarthoise publiée par Etoc-Demazy décrit une diffusion rapide dans les départements alentours (l’Orne et la Mayenne) au printemps 1832 et montre notamment comment quelques nourrices revenues de Paris ont propagé le mal. La Sarthe, quant à elle, fait partie des 30 départements relativement épargnés par l’épidémie. Pourtant les Sarthois cherchent les meilleurs moyens de protection, dont on a la description suivante :


Un siècle plus tard, la grippe espagnole toucha beaucoup plus fortement le département. Dans le contexte de la fin de la Grande Guerre, les organismes étaient affaiblis par les défauts de ravitaillement. La contagion était redoutable : une personne contaminait 2 personnes (soit un peu moins que le Covid-19). L’épidémie atteignait des sujets jeunes et les tuait en quelques jours. 400 000 personnes environ trouvèrent la mort en France. Pour la Sarthe, il n’existe pas de chiffre officiel, mais rien que pour Le Mans, la surmortalité atteint les 1500 décès sur les deux années 1918-1919, ce qui signifie concrètement que, comptant habituellement 1800 décès en moyenne par an, la ville en connaît plus de 3000 en 1918 et 2500 en 1919, même s’il est difficile de compter précisément les cas car la grippe n’est pas une maladie dont la déclaration est obligatoire.


On sait que l’épidémie s’est répandue en trois phases : une première vague au printemps 1918 assez bénigne mais étendue dans les armées ; une 2e vague puissante provoquant une forte mortalité entre l’été et l’hiver 1918 ; une dernière poussée moins virulente au début 1919. Dans un premier temps les savants, incertains du diagnostic, insistent sur la bénignité de la maladie. Les hypothèses les plus farfelues circulent : la maladie ne serait-elle pas la conséquence de l’intoxication par les gaz des tranchées revenus vers l’intérieur du pays ?


Que faire ? Dans les premiers temps, l’Académie de médecine refuse que l’on mette en place des mesures d’isolement et de fermeture des lieux publics. Avec le pic de l’épidémie, en octobre 1918, le discours change : la presse publie des conseils hygiéniques ainsi que des reportages sur des villages entièrement touchés et des hôpitaux bondés. Les médecins réquisitionnés manquent de médicaments de base. Impuissants, les soignants utilisent des moyens anciens : l’eucalyptus, l’arsenic, les saignées, la quinine (ancêtre de la chloroquine) et le rhum. Face au mode de contagion par toux directe et même par parole chuchotée, on donne finalement priorité à la désinfection et on finira par fermer les écoles durant plusieurs semaines.


Au Mans, l’événement le plus marquant pour la presse de l’époque, c’est l’hécatombe que provoque cette grippe que l’on dit espagnole à l’asile des aliénés. En 1914 l’asile héberge près de 950 malades ; en 1919, il reste moins de 600 patients dans l’établissement. La grippe a, en fait, été présente en 1918 durant quelques mois sans faire de morts. Les carences alimentaires, la concentration des individus, l’absence de bains réguliers faute de charbon favorisent l’extension dans l’institution d’une épidémie redoutée par les médecins. Les premiers décès interviennent durant l’été 1918, puis se multiplient pendant l’hiver avec des formes asphyxiques à évolution rapide. On compte 7 décès rien que pour le jour de l’an, puis une centaine de morts en janvier dont une soixantaine est attribuable de façon sûre à la grippe. Les pavillons des femmes sont particulièrement touchés. Entre juin 1918 et juin 1919, 350 patients sont décédés à l’asile du Mans sous l’effet conjoint de la dénutrition, du manque d’hygiène et de l’épidémie de grippe.

Comme le montre cet exemple, si on veut faire une histoire de ces pandémies - et cela vaut aussi pour aujourd’hui - il faut être particulièrement attentif aux lieux confinés et aux inégalités sociales qui sont des facteurs majeurs de surmortalité.

Le podcast

 

 


Si on s’intéresse à ces questions de santé en lien avec l’histoire et les enjeux politiques, il est possible de consulter en ligne, sur le site de l’université du Mans, le Dictionnaire d’Histoire Politique de la Santé (DicoPolHiS), site participatif et évolutif porté par Hervé Guillemain, soutenu par l’université du Mans, le laboratoire TEMOS CNRS 9016 et le réseau historien.nes de la santé. Chaque semaine, plusieurs notices sont publiées et relayées sur les réseaux sociaux (facebook, instagram, twitter) qui évoquent la construction sociale des maladies, la mobilisation des acteurs de la santé, les événements marquants de l’histoire de la santé, les lieux emblématiques, les concepts clés, les pratiques de soin, ainsi que les parties de notre corps.
Hervé Guillemain, professeur d’histoire à Le Mans Université, y enseigne l’histoire du corps et des pratiques de santé (XIXe siècle) et l’histoire globale de la santé (XXe siècle).

L’accroissement des masques jetables dans la nature

Par Fanon Julienne,  enseignante-chercheure, Le Mans Université, Institut des Molécules et des Matériaux du Mans (IMMM - UMR CNRS 6283).

La charge mentale des femmes pendant le confinement

Par Angélina Etiemble, enseignante-chercheure en sociologie, Le Mans Université, laboratoire Espaces et Sociétés (ESO - UMR -CNRS 6590). Chargée de mission égalité femme-homme à Le Mans Université.

La crise sanitaire liée au Covid-19 : facteur d’exacerbation des inégalités, mais aussi révélateur de solidarités

 

Par Jean-Philippe Melchior, enseignant-chercheur en sociologie, Le Mans Université, laboratoire Espaces et Sociétés (ESO - UMR CNRS 6590).

Dans le contexte actuel de confinement, il est difficile pour les sociologues de mener des enquêtes de terrain, mais ils peuvent s’appuyer sur la connaissance qu’ils ont de la société et, en restant aux aguets, analyser les informations qui sont accessibles. De cette analyse, il ressort, d’une part, que la crise sanitaire exacerbe les inégalités sociales habituellement présentes dans notre société, et d’autre part, que les liens de solidarité résistent malgré les difficultés de la période.

 

Les inégalités face à la maladie

Il y a bien sûr les inégalités face à la maladie. Les statistiques montrent que certaines catégories de la population sont beaucoup plus sévèrement touchées par le virus : les personnes âgées et/ou déjà atteints de certaines maladies chroniques. La dimension sociale est présente dans cette inégalité face à la maladie, -on sait que l’obésité, facteur de co-morbidité, est plus fréquente dans les couches pauvres de la société- et aussi dans la transmission du virus qui va toucher davantage des catégories qui ont plus de mal à se protéger (SDF, migrants, personnes vivant dans une grande précarité).

 

Les inégalités de logement

Il y a les inégalités relatives au logement que le confinement accentue. La superficie du logement en lien avec le nombre de personnes y habitant et le type d’habitation (appartement avec ou sans terrasse ou maison individuelle avec jardin voire piscine) constituent des variables significatives qui conditionnent l’adaptation aux contraintes du confinement. De nombreux témoignages confirment qu’être confiné dans un espace où règne une grande promiscuité, donc sans pouvoir s’isoler, est très difficile à vivre sur une aussi longue période. Par exemple, comment pratiquer le télé-travail dans de bonnes conditions ou réaliser son travail scolaire quand on ne peut pas s’isoler ?

 

Se conjuguant à d’autres facteurs, le confinement a également causé des situations dramatiques, comme celle, rapportée par des travailleurs sociaux, d’enfants vivant dans des logements exigus et subissant de graves tensions familiales voire de la violence ou celle des résidents d’EHPAD qui se sont retrouvés en quelque sorte prisonniers dans leur structure. Le fait de vivre en EHPAD a constitué dans certaines régions une circonstance aggravante. Une telle situation doit nous interroger sur le rapport que l’on a avec nos anciens, en quelque sorte relégués dans des établissements qui manquent souvent de personnels. La question est posée de savoir si dans les pays, où ils continuent de vivre avec les générations plus jeunes, on compte autant de victimes.

 

Les inégalités socio-économiques

Il y a aussi les inégalités socio-économiques que la crise sanitaire accentue. Les salariés déjà précaires (CDD, en intérim) qui ont perdu ou vont perdre leur emploi, les chômeurs qui ont vu leurs conditions d’indemnisation plus difficiles à remplir avec la nouvelle réglementation, les professionnels du spectacle et des arts sont autant de personnes dont la situation déjà fragile tourne au désastre. Sans oublier les petits commerces non-alimentaires, les cafés, les restaurants… La liste est longue des difficultés présentes et à venir, d’autant que les prévisions macro-économiques sont pessimistes. Pour la France, on prévoit pour cette année une contraction de l’activité de plus de 7 %.

 

Les inégalités numériques

Il y a enfin les inégalités numériques : matériel inadapté ou absent, difficultés de connexion, abonnements résiliés. Dans les universités, près de 10 % des étudiants sont confrontés à un problème de cet ordre. Or, comment maintenir du lien social en période de grand confinement quand on n’est pas ou plus outillé ! Ces inégalités structurelles ou de situation peuvent se cumuler et c’est souvent le cas pour les catégories défavorisées, en particulier dans les banlieues populaires.

Le rôle essentiel de certaines professions

Cet aperçu ne doit pas faire oublier que cette crise sans précédent a également mis en évidence le rôle essentiel joué dans notre société par certaines professions : il y a bien sûr les soignants, mais aussi tous les professionnels des services publics trop malmenés depuis de nombreuses années (les pompiers, les enseignants, les éboueurs, les travailleurs sociaux…). Il faut également souligner l’importance de l’activité des salariés des grandes chaines de distribution (hôtesses de caisse, gestionnaires d’approvisionnement…), des chauffeurs routiers, des salariés des industries alimentaires, des agriculteurs. De l’implication spécialisée de tous ces professionnels découlent notre interdépendance (nous avons tous besoin des uns des autres) et en même temps les liens de solidarité qui nous permettent de faire société. Ces liens qui sont au fondement d’un des principes de notre République (la fraternité) sont encore très forts, même après des années de déconstruction du compromis social scellé après la seconde guerre mondiale

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De l'urgence médicale à l'urgence sociale

La bonne prise en charge médicale des malades du Covid-19 a été la première des urgences ; il faut désormais répondre à l’urgence sociale en venant à l’aide de tous les précaires et de toutes les personnes vulnérables dont la situation s’est considérablement aggravée au cours des dernières semaines. Alors que les associations caritatives (Emmaüs, le Secours Populaire…) peinent aujourd’hui à assumer leurs missions tant elles sont sollicitées, que les queues devant les distributions de repas s’allongent, que le chômage est en train d’exploser, seule une intervention publique de grande ampleur pour soutenir les dispositifs d’aide existants et les acteurs de terrain permettra de sortir par le haut de ce tragique moment.

 

 

 

Jean-Philippe Melchior a également donné son point de vue de sociologue sur la crise dans Ouest-France, avec l'article « Un moment hors-norme pour les individus et la société ».

Le confinement a-t-il révélé que l’homme ne peut pas vivre seul ?

Par Pierre-Louis Boyer, enseignant-chercheur en histoire du droit, Le Mans Université, laboratoire Themis-UM.

Il nous éclaire sur les effets du confinement face à la vie en société.

 

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