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Décryptage : des femmes sortent de l'ombre !

Sciences sur le Pouce

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« Ça c’est du travail de bonhomme ! » : des femmes sortent de l'ombre

Vous avez manqué le dernier événement Sciences sur le Pouce #23? Séance de décryptage du sujet présenté par Angélina Etiemble et Paul Bessin dans le cadre du Forum « Le genre en questions ».

 

Au cours de l’Histoire, des femmes ont occupé des domaines professionnels variés, y compris ceux qui paraissent aujourd’hui encore peu « féminins ». Méconnues, invisibles, parfois spoliées, ces figures de tous les continents sortent de l’ombre, celle des hommes, de leurs collègues, parfois conjoints. Les découvrir est essentiel à leur histoire et à l’écriture des droits des femmes, en l’occurrence, dans le monde du travail.

Au cours des siècles, l’activité féminine a été limitée dans ses ambitions et les frontières professionnelles du masculin et du féminin ont été redéfinies. L’activité professionnelle des femmes a toujours été particulièrement fréquente tout en étant marquée par des inégalités liées au genre. Ces dernières démontrent à quel point cette histoire est indissociable de celle des rapports de domination des hommes sur les femmes.

Le travail des femmes n'est pas un cadeau pour les femmes, c'est un cadeau pour la société. » Coline Serreau - actrice, scénariste (2001)


Paul Bessin et Angelina Etiemble ont développé une timeline interactive de parcours de femmes © Le Labo des savoirs
L’histoire du travail des femmes met aussi en évidence l’alternance de périodes favorables, durant lesquelles le statut et les droits des femmes progressent, et de périodes de régression où sont remis en question non seulement les droits des travailleuses, mais aussi leur droit au travail. A ce sujet, et plus globalement pour les femmes, il semble acquis que… rien n’est jamais acquis. Grâce à une timeline interactive, Angélina Etiemble et Paul Bessin réhabilitent des parcours de femmes du XIXème et du XXème siècle. De quoi surligner leurs accomplissements, mais également notre méconnaissance en la matière. Car au-delà des références systématiques - presque essorées - que sont Marie Sklodowska-Curie ou Simone Veil, elles sont nombreuses à avoir laissé leur empreinte.

Des pionnières effacées, donc oubliées.


Si le nom d’Hedy Lamarr ne vous est pas inconnu, c’est probablement pour ce que l’Histoire a bien voulu retenir : une scène de nu - la première au cinéma – dans Extase (1933). Mais l’Autrichienne a surtout marqué l'histoire scientifique des télécommunications en déposant en 1941 le brevet d’un système de radio-communication, ancêtre de la téléphonie mobile et du Wi-Fi. En Angleterre, Ada Lovelace a réalisé en 1843 le tout premier programme destiné à être exécuté par une machine. Elle est considérée comme la première codeuse informatique. Plus loin, en Iran, mais plus récemment, en 1974,  Shirin Ebadi devient la première femme juge de son pays. Elle est contrainte de quitter sa fonction cinq ans plus tard, lorsque les conservateurs religieux auxquels elle est opposée, arrivent au pouvoir.

Il n'y a qu'un travail autonome qui puisse assurer à la femme une authentique autonomie. »  Simone de Beauvoir – Le deuxième sexe (1949)

 

Pourquoi alors n’a-t-on jamais – ou presque – entendu parler d’elles ? Depuis les années 2000 et la revalorisation des travaux sur l’ADN de Rosalyn Franklin, on parle de l’effet « Matilda ». Celui-ci correspond au déni ou à la minimisation récurrente de la contribution des femmes dans la recherche. On doit cette expression, désormais généralisée, à l’historienne Margaret W. Rossiter, qui a identifié le phénomène.

Pour ces femmes, le chemin vers la reconnaissance est semé d’embûches. C’est le cas de Margaret Keane dont l’œuvre -  les Big eyes -  a été usurpée par son mari ; de Marie Shelley, qu’on a longtemps crue incapable d’avoir écrit Frankenstein ; deJane Addams, sociologue du XIXème siècle à Chicago qui a conceptualisé le travail social, mais dont le nom est rarement cité dans les ouvrages d'histoire de la sociologie ; ou encore de Delia Derbyshire, responsable de studio à la BBC dont le nom n'est apparu que récemment au générique de la série Dr.Who malgré un premier épisode en 1963, après des années de contributions diverses.

Le symbole, l’arbre qui cache la forêt ?

« Elle est moins connue que Laïka ! » [la chienne envoyée dans l’espace en 1957 - ndlr], voilà ce que l’on peut dire de la soviétique Valentina Terechkova, première femme à avoir voyagé dans l’espace en 1963. Dans le contexte particulier de guerre froide et de compétition spatiale, cet événement que l’on aurait pu croire en faveur des femmes, a servi la propagande russe plus que l’égalité.

 

« Depuis sa création, le prix Nobel a été attribué 842 fois à des hommes, et 52 fois à des femmes, majoritairement dans des catégories à consonance « féminine », comme la paix ou la littérature »  Angélina Etiemble, sociologue

 

La symbolique peut toutefois servir des volontés égalitaristes. C’est le cas du prix « UNESCO pour les femmes et la science ». Depuis 2000, cinq chercheuses - une par continent - sont nommées chaque année. Andrea Garmanik par exemple, originaire d’Argentine, l’a reçu en 2016 pour ses recherches sur le virus de la dengue. Ces distinctions se veulent avant tout compensatoires et incitatrices. Ce sont des mesures nécessaires de transition vers un plus juste équilibre. Elles mènent d’ailleurs, dans certains cas, à d’autres  récompenses. C’est ce qui s’est passé pour Ada Yonath, biologiste Israélienne, distinguée en 2002 par l’UNESCO, puis prix Nobel de chimie en 2009, le premier décerné à une femme depuis 1945.
                                                                             

De nos jours en France, les femmes représentent 52% de la population. La moitié de la population active est composée de femmes, qui cumulent en grande majorité -  selon divers travaux de sociologie - activité professionnelle et vie familiale. Autrement dit, la maternité chasse de moins en moins les femmes du travail. Pour autant, féminisation ne signifie pas égalité.


Malgré la présence de femmes compétentes dans différents milieux professionnels, toutes catégories sociales confondues, les injustices demeurent - même si des actions positives se développent et en dépit d’une profusion de discours positifs. Pour faire de ces inégalités des repères obsolètes, il est nécessaire de réhabiliter les contributions des femmes dans l’Histoire et d’enrichir notre panel de représentations féminines.

 

En tant qu’établissement d’enseignement supérieur et de recherche, Le Mans Université a un véritable rôle à jouer dans la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes. Plusieurs de nos chercheurs sont impliqués sur cette thématique.

 

Angélina Etiemble © Le Labo des savoirsAngélina Etiemble 
Sociologue, enseignante-chercheuse au département STAPS de Le Mans Université et au laboratoire Violences, Innovations, Politiques, Socialisations et Sports (VIPS²) Angélina Etiemble est également responsable du Master 1 Études sur le genre. Engagée de longue date sur les questions d’inégalités liées au sexe, elle est également membre du collectif de recherche « Le genre en questions » depuis 2012 et du groupe de travail sur les violences sexistes et sexuelles et le harcèlement à l’Université.






Paul Bessin © Le Labo des savoirsPaul Bessin
Maître de conférences, enseignant-chercheur au département de Géosciences de Le Mans Université, Paul Bessin est l’un des cinq membres associés au Laboratoire de Planétologie et Géodynamique (LPG) de Nantes et Angers. Les problématiques liées au sexisme n’étant pas réservées à la sociologie, c’est en tant que membre de la cellule de veille et d'accompagnement contre les violences sexistes et sexuelles, qu’il a pris part à cet exposé.

 

Le laboratoire Violences, Innovations, Politiques, Socialisations et Sports (VIPS²)
Le laboratoire de planétologie et géodynamique (LPG)
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